KSAR
Le jour, la lumière baigne le village, le chauffe, le
caresse et l'endort.
L'architecture des ksoin' semble de quelque cyclope.
Les massives murailles déterre supportent les terrasses que dominent çà et là de dérisoires parasols de palmes.
On dirait d'une ville de terre abandonnée ; pourtant les habitants, sur les midis étincelants, ne sont point aux champs pour de hâtives fenaisons; nulle fâcheuse soldatesque ne les a'chassés loin de leurs demeures endormies dans la paix
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lourde... Quelques coqs chantent, érigés sur de vilains géliniers; un vol d'oiseaux fend Tair, grand voile oblique déchirant l'azur cruel.
Le village dort et son sommeil est une mort incertaine, si bien que l'on veut voir partout des ruines éparses. On s'y promènerait avec une crainte superstitieuse, sans les chiens, apparus en des interstices et qui témoignent de la présence des hommes, dont rien à cette heure ne doit troubler, sous peine d'anathème, la sieste quotidienne.
Près de la mosquée rustique et que des soldats romains eussent élevée à leurs dieux lares, des misérables occupent un coin d'ombre; mais leur immobilité est celle des choses, et les tons mêmes des loques qui les recouvrent sont ceux des murailles; leurs lèvres ne balbutient pas — figures inquiétantes que l'on voudrait toucher, dans l'angoisse de les savoir vives.
Vue du minaret de Sidi-Abd-el-Moumen, l'oasis apparaît comme une mer de palmes dont les vagues déferlent çà et là sur des promontoires gris qui sont les terrasses de Raz-el-Guerria, de Bab-el-Darb, de M' Cid, de Cora, en tout sept villages, formant un riche archipel. Les murs s'effritent; un orage y a fait des créneaux, le déluge -eût dissous ces ksour de terre comme des amas de sucre.
Ici, les hommes n'étavent point les choses qui tom-
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bcnt, et les cases sont Jetées là dans un désordre hasardeux comme d'un gigantesque dé, il y a des terrasses disparues qui laissèrent seulement des murs lamentables
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et vains. Parfois ce sont les cellules disloquées de quelque ruche à miel qu'une main lourde aurait bouleversées.
Lentement, timidement, formes indécises, des hommes arrivent, quand l'ombre plus généreuse trace dans les ruelles des marges nettes, mieux protectrices. Ils vont sans que leur rêve encore les abandonne. Un aveugle endormi surgit de la poussière où il était la tête enfouie, il secoue ses hardes, tend son bâton, et le regard vers le ciel, comme pour y lire le grand secret, il entreprend d'un pas lent la course quotidienne dont il doit vivre.
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La segui.i coule le long des ruelles ou au milieu, pénètre dans les habitations et ressort en murmurant, coupe le chemin, baigne le tronc des oliviers et des pajmicrs, puis va mourir, jetant sur la stérilité avoisinante, un cap de verdures, un champ d'orges!
Parfois, à Pendroit où le ruisseau s'élargit, des lavandières, les poings sur les hanches, jambes nues et gandourahs retroussées, dansent une étrange gigue sur le linge que leurs pieds adroits roulent en boule, battent, déroulent et lavent sur de larges pierres plates que l'usage a polies comme des marbres.