MENDIANTS
Devant le Dar-Diaf, sous les arcades du Royal-Hôtel, au bord des jardins Landon, les pieds dans Teau le long ^ de la séguia, les
pieds au soleil dans la rue Sainte...
Étendus à même le sol, enfouis dans la poussière où piétinent les ânes, les chameaux, les chevaux , quelquefois dans une ornière profonde qui sert de lit. .
Des loques, un
amas de loques, du
gris imprécis de la
poudre, ou bien de
cette nuance que l'on nomme isabellc... c'est un
mendiant. Rien ne remue, mais une voix gémit
Biski\7 6i
comme un âpre chant de phonographe, on perçoit des syllabes :
— la Rijal Biskra! Atina maroiif a la khàtir Rabbi! (O hommes de Biskra, faites l'aumône au nom de Dieu !)
Parfois résonne durement le nom vénéré de Sidi Abd el Kader-ben-Djilali, marabout fameux de Bagdad.
Quand les pas de l'étranger résonnent sur les dalles, la lamentation croit sous les guenilles; le passant curieux jette un sou, une main sort, ridée, calleuse, invraisemblable, et la monnaie a prestement disparu.
Puisque le travail est méprisé par ces héros déchus qui devaient vivre de la guerre, la pauvreté ne pouvait être honnie !
Les misérables vont comme des saints qui ont le courage singulier de l'inertie et celui encore du renoncement.
Tantôt un peuple d'cnfantelets se rue, tantôt ce sont les vieux dont la plainte lancinante vous poursuit; et ceux-ci quémandent comme Bélisaire sur les voies romaines, ou bien l'œil dur, brillant, tel un lac d'acier, sous les sourcils en broussailles, ils mendient avec des mines redoutables, tels des bandits en retraite, une main tendue et l'autre à la solide matraque de palmier.