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ÉVÉNEMENTS

A quelque distance de l'hôpital des sœurs blanches, sur la même route du désert, on voit un champ mou-

tonné, qui de loin parait un coin de terre qu'une multitude de taupinières désole; mais les koubbas rondes et blanches où reposent des marabouts vénérés ou des cheikhs, signalent le champ des morts. Les cortèges

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sont fréquents sur la grandVoute; les tolba (') marchent en tête, puis vient le cadavre sur la claie, dessinant sa forme sous une draperie. Les proches du défunt le portent en terre et ses amis suivent en récitant les prières. A son domicile, les femmes se lamentent et se déchirent de leurs ongles le visage et la poitrine.

Le cimetière sans clôtures est ouvert à tous les vents; le jour, quelques burnous y sont accroupis et, au clair de la lune, les chacals y rôdent, allumant Tobscurité de leurs prunelles phosphorescentes.

Aux cimetières mozabites, on voit communément sur les tombes, des vases de poterie brisés, symbole naïf de la fragilité de la vie qui se fêle au hasard des chocs, ou peut-être indication précise, puisque deux tessons ne sauraient se ressembler.

De rares événements troublent la quiétude des ksour, les longues siestes et la suprême douceur du repos nocturne de la Perle des Oasis. Qu'ils naissent ou qu'ils meurent, les croyants, soumis à la volonté d'Allah, se réjouissent avec modération et se lamentent sans désespoir. Le mariage surtout les intéresse, c'est la seule fête familiale où ils manifestent ostensiblement.

Une fête et une bombance précèdent et suivent Fen-

('j Pluriel arabe de thaleb, Icuré.

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lèvement de Tépousée ; les yoû ! yoù ! yoû ! aigus et stridents des femmes, retentissent par les rues; ces

clameurs particulières sont les mêmes que poussent dans les rnbitas, les danseuses des Ouled-Nayl; elles semblent caractériser toute grande joie, bien que Ton distingue d'abord dans leur excessive acuité, la terreur et presque la souffrance hurlante.

Au lendemain des noces, dans les villages où les rudes mœurs antiques ont persisté, on a coutume de promener

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par les rues les linges ensanglantés, qui témoignent de la victoire de l'époux sur une vierge, pour Je plus grand honneur des mariés.

Le soir, les gens de la famille font parler la poudre et c'est la manière des hommes de manifester leur joie, comme celle des femmes est de jeter de grands cris d'enfants effrayés.

Seul, le 7'amadan modifie profondément Taspect et la vie des ksour. Le jeûne annuel, toujours respecté des indigènes, même les plus dissolus, dure une lune. Il commence à l'heure où Tastre de la nuit n'est dans le ciel qu'un imperceptible fil d'or, il finit lorsque quatre adonis (') distinguent la lune nouvelle au 28' jour. Nul ne mange, ne boit, ni ne fume ; les plus scrupuleux respirent, dit-on, par le nez, faiblement, avec parcimonie. Mais dès que, du haut du minaret, le mueddin s'apprête à lever le drapeau, signal de la fin de la dure abstinence quotidienne, les cigarettes se préparent, les allumettes flambent et, quand le chiffon vert s'agite, la première bouffée tourbillonne bleuâtre, les plus affamés grignotent des galettes... Un coup du canon roiimi souligne le geste de la mosquée. Le parfum des cuisines emplit l'oasis, « aux ouled » les musiques commencent, et la fête durera toute la nuit.

(') Prêtres musulmans.

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Les mosquées s'emplissent durant ces quatre phases lunaires consacrées au Prophète. Partout, quand vient le soir, Thorizon s'orne de silhouettes gesticulantes, les prosternations sont d"une ferveur extrême et les bras, tendus vers la miséricorde d'Allah, supplient.

Les plus endurcis subissent la menace du Coran et les plus impies s'amendent, sentant au fond d'euxmêmes que ces heures du ramadan sont à Dieu. Tel qui buvait l'absinthe, la repousse d'un geste dolent, mais énergique.

Leur piété naïve croit à l'efficacité de cette trêve dans toute une année d'infamie, et ces Jours doivent les purifier, pour tout le mal qui précède et pour tout celui qui suivra.

Les croyants vont par les jardins et les squares de la ville, égrenant leurs chapelets, regardant languissamment l'eau limpide des fontaines, qu'ils ne peuvent boire, et quand le cycle des temps place le Jeûne annuel au cœur de l'été, le ramadan devient une affreuse torture que les plus faibles supportent sans gémir, attendant avec de grandes angoisses le crépuscule qui délivre.

Une fête monstre termine la période du Jeûne, comme notre carnaval précède notre carême. Ils sortent étendards au vent, noubas en tête, et parcourent les rues avec la Joie de convalescents qui renaissent à la vie. Ils re-

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tournent à leurs affaires et à leurs plaisirs auxquels le Prophète malin les avait ravis.

Même en temps de ramadan, le jour eât à Dieu, la

nuit à ses tils, mais le soir a pour les sages les éditications d'une haute vertu. Dans un local réservé, un iman fait des exhortations et des lectures qui ne sont pourtant ni la surate delà Fourmi, ni celle de la Vache, ni les poèmes d'Antar... L'orateur parle avec une extrême volubilité; quand il cesse de lire, il commente, et l'assemblée se réjouit discrètement — car le rire arabe n'est jamais que la contraction légère du zygomatique. Il est question dans la conférence de toutes sortes de dieux et d'hommes : de Jésus, de Napoléon, de Lamoricière. . et de plusieurs autres encore.

Ils viennent les soirs du ramadan, de Filiache, de M'cid, de Cora, car c'est à la ville que Ton peut trouver un savoureux avant-goût des joies réservées aux élus, sous les ombrages immenses du Tuba (*), au DJennat-Eden. Le tumulte meurt quand les danseuses exténuées demandent grâce et que le souffle manque aux plus robustes joueurs de flûte...

Ils rentrent au matin, marchant sous la lune électrique qui les éclaire, comme un soleil d'argent, et l'on dirait d'un exode biblique cherchant, après l'étape longue, le bienfaisant repos.

(1) Arbre paradisiaque qui couvre les élus de ses ombrages merveilleux.

Le voyage est une espèce de porte par où l'on sort de la réalité pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve.

Guv DE Maupassant.

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