LA VIE EUROPÉENNE
Il n'y a pas ici l'immense pelouse fleurie où virevoltent les dandys, où les rastas, complaisamment, se pavanent. Les demoiselles à marier n'y viennent guère en haine de sainte Catherine, et c'est trop beau pour Ardisson, dont la séquence magistrale ne raflerait d'ailleurs pas toujours le royal enjeu.
On ne voit pas non plus, sous les ombrages bisi^ris, les dolentes théories de malades blêmes, évoluer autour des bouillonnements fétides, tandis que résonnent les pimpantes musiquettes d'Offenbach ou d'Hervé ; Hammam-Salahin esta quelque distance, et les facultés métropolitaines mettent un peu de répugnance encore, à
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découvrir les vertus pourtant exceptionnelles des Bains des Saifits.
Ici, dès novembre, viennent en grand nombre les transfuges de la Côte dite d^Azur : tous les débiles qui savent quel puissant thaumaturge peut être le soleil saharien, tous ceux pour qui le Moghreb a d'incomparables charmes, ceux que captive le climat idéal de cette autre Atlantide. Depuis jadis, les fils du Prophète avaient distingué entre toutes la Perle des oasis pour l'exquise douceur de son repos!
Les phtisiques « race à pas lent, mais chère au poète » s'y raccrochent à la vie avec des forces insoupçonnées, et parfois y trouvent le renouveau miraculeux; des rhumatisants, chercheurs désespérés d'une terre propice, s'y chauffent béatement au soleil. Pourtant les malades sont rares, dans ce pays où « l'air est si doux qu'il empêche de mourir ». Les désirs de calme y conduisent de splénétiques citadins, et aussi quelquefois des désirs d'oubli!
Les peintres d'abord découvrirent ce sud merveilleux et entreprirent contre le soleil l'athlétique combat. Ils s'attardèrent, cherchant à surprendre le secret de ces couleurs invraisemblables et splendides, ils vécurent parmi les Bédouins, fixant un geste, notant une attitude, et envoyèrent aux septentrions stupéfaits, les toiles où pourtant ils avaient mal fixé d'insaisissables rayons. On