‹ Au pays des palmesChapitre 21 sur 34 · CHAMELIER ARABE ET SON MÉHARA · texte numérisé non relu

CHAMELIER ARABE ET SON MÉHARA

sut enfin qu'il y avait au sud algérien de grands jardins paradisiaques et qu'ils s'appelaient Boghar, Djelfa, Bou-Saada, Biskra !

Les premiers qui, bravement, suivirent les rapins qui eux-mêmes avaient suivi les conquistadores revinrent avec une auréole. Ils furent, au retour, de vaillants explorateurs, et ils écrivirent des livres avec des titres étonnants: De Landerneaii jusqu'au Désert! Le vulgaire, béant, admirait, confondait, et les bourgeoises, peu savantes ou dédaigneuses des géographies, prenaient l'Atlas pour le Tchad et voulaient qu'on leur dît, au retour de Biskra, les mœurs, coutumes et nourritures des Nyam-Nyams !

Le voyageur hardi de Landerneau jusqu'au Désert, avait bravé le mal qui naît sur la bosse du dromadaire — ce vaisseau saharien — ou peut-être seulement les cahots épouvantables de quelques diligences disloquées.

Le raihvay du désert, qui aujourd'hui dépose en plein Sahara les touristes parisiens, s'y prit à plusieurs fois pour atteindre ce triomphal point terminus. Il se poussa d'abord jusqu'à Batna, — petite ville de troupiers, fraîche Tété, hospitalière aux émigrants venus des plaines que le soleil incendie, — puis il atteignit les gorges fameuses d'El-Kantara et descendit ensuite, après une halte de quelques années, jusqu'à l'opulente capitale des Ziban.

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Alors on vint; la gloire d'avoir foulé le sol saharien se vulgarisa, et désormais ce fut une mode de poser devant un objectif biskri, vêtu du costume indigène, en compagnie de quelques endurants chameaux. Maintenant, ce n'est plus un secret pour personne que cinquante heures suffisent à traverser l'espace qui sépare les bords de la Seine du marabout de Sidi- ZersoLir. La faconde de quelques fanfarons s'en trouve diminuée !

Des solitaires, qu'une thébaïde si douce tentait, s'y installèrent d'abord, en de déplorables hôtelleries, puis, avec la première locomotive, le nord accourut et vint visiter l'ile de verdure, Témeraude dont la renommée avait franchi la mer. Sans doute, il y a quelque différence encore à cette heure, entre les clients ordinaires des villégiatures des hivernages consacrés, et les fanatiques de la nature saharienne, que chaque décembre ramène dans un coin familier d'inoubliable douceur.

Viennent surtout vers les ombrages de l'oasis les Yankees, dont les raids ont atteint de bonne heure les plus somptueux ermitages, des Anglais pales et blonds pour y bercer leurs chères neurasthénies; et des Russes encore, des Scandinaves que les contrastes attirent. La France bouda longtemps à la station naissante; la foule aujourd'hui se décide, avec en éclaireurs, quelques jeunes mariés, avides d'horizons peu contemplés, et

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quelques fugitifs amoureux, chercheurs d'une inviolable retraite.

Cet hivernage en pays musulman, que la monotonie des villes françaises n'afflige pas encore, aura décidément tous ceux qu'ont lassés le rastaquouérisme niçois et les pompes prlncières des bords de Cannes.

Bien que la jolie ville saharienne soit assez peu comparable à ce que l'on a coutume d'appeler en France une ville d'eau, il y a pourtant à Biskra une véritable saison, établie par la curiosité publique et qui coïncide avec les courses qu'y donne la Société hippique, sur le magnifique hippodrome de Beni-Mora.

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