FANTASIAS
La Reine des Ziban emprunte quelque jour aux fastes légendaires, une originale physionomie de ville conquise par un clan de merveilleux guerriers — toute la fleur d'Islam. Leurs campements sont dans la plaine et leurs chevaux piaffent sous les palmes. Tous les riches goums du désert sont là. On entend les frêles musiques des ghaitas ;'), qu'accompagnent les monotones bourdonnements des bendirs (-). Ils traversent
(1) Sorte de flûte à sept trous.
(2) Instrument comparable aux timbales de nos orchestres; on les dispose par couples, une de chaque côté de l'encolure du cheval.
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la ville au trot de leurs magnitiques montures, faisant parler la poudre et Jetant d'intraduisibles cris de guerre. Les étendards flottent et la hampe porte haut la boule d'or surmontée du croissant symbolique.
Quand l'événement hippique, qui rallie tout ce c[ue FAlgérie compte de sportsmen, est accompli, la piste est aux goumiers.
Ils vont d'abord au pas, comme une cavalerie d'élite marcherait gravement, fièrement, à de proches combats, et les musiques mièvres bercent, presque mystiques, l'ardeur des guerriers qui bientôt éclatera. Aghas, caïds, cheikhs défilent les premiers; superbes sont les hommes et superbes les montures , somptueux les vêtements et les caparaçons: caftans surchargés de capricantes broderieSj burnous pourpres, bleu de roi, amarante; et toutes les draperies flottent, se croisent, chatoient, le soleil allume l'or des chamarrures et l'acier des armes, la plaine étincelle...
Ils repassent, se séparent en groupes et dès lors ne contiennent plus Tardeur de leurs coursiers dont l'effort les entraîne ; c'est la chevauchée surhumaine, la grande fantasia.
Ils filent dans un nuage de poussière, comme des formes irréelles que balayerait un vent de bourrasque; leur galop furieux les emporte vers l'horizon, où ils semblent devoir disparaître comme une éphémère vision.
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Devant les tribunes, quelques-uns se dressent, burnous au vent, sur leurs larges étriers, visent d''imaginaires fuyards, font feu et poursuivent, le sabre entre leurs dents, une déroute de rêve fou. Les lames tournoient, les fusils volent dans la poussière d'or, et tour à tour
les centaures se dissolvent, chimériques et rayonnants, dans un flou de nuée.
Nul n'est revenu de ce spectacle singulier, sans ressentir l'émoi d'une obsédante évocation d'un passé merveilleux. Un dernier rayon de la gloire d'Islam éblouit le voyageur, qui garde, impérissable, l'image de ces cavaliers épiques, apparus et disparus tout à
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coup sur les perspectives infinies du désert lumineux.
Les indigènes, venus de quarante lieues à la ronde, garnissent la pelouse immense; journaliers pauvres, khammès (') de la glèbe, viennent sentir de la poudre et voir le défilé prodigieux de leurs frères. Ils regardent, immobiles, muets, béants d'admiration, ou parfois jettent aux appels rauques des goumiers, une rauque et inintelligible réponse. Leurs prunelles luisent, leurs mains tremblent, regrets du passé glorieux, ou peut-être espoirs indéfinis apparus un instant vers l'avenir ?...
Les étrangers remarquent, en tête ds chaque tribu du désert, les cheikhs qui les conduisent : les caïds des Aurès du Ziban, des Ouled-Djellab, de M'Chounèche, des Arabes Gherabas, etc., etc.; et parmi tous ils distinguent Ali-Bey, descendant d'Aroun-al-Raschild, magnifique héritier des gloires millénaires, et possesseur d'une race de chevaux unique au monde ; Ali-Bey est caïd de TAmar Kedhou et des Béni Bou-Sliman; il réside à Tkout.
Sur les tribunes, les autorités se tiennent et s'efforcent de recevoir dignement le salut des caïds. Un général ou un commandant préside simplement et sans fâcheux gala, la solennité militaire^ que nos ordinaires pompes ne sauraient rehausser.
(') Arabes employés aux champs.
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Les colons redingotiques ou débraillés, insensibles à des spectacles qu'ils ne doivent plus sentir, discutent des performances et démontrent oiseusement, que Jamais ces cavaliers ne sauront monter à l'anirlaise.
Les Mozabites conservent la tradition d'une fantasia pédestre, simulacre de combat plein d'intéressantes péripéties, et dans lequel ces indigènes se montrent d'une extraordinaire agilité.
Enfin l'agah Mohammed ben Gana offre aux hôtes de sa bonne ville une chasse au faucon. La représentation du fastueux prince des Ziban, diffère peu de la réalité; on a pourtant soin de lâcher sur le turf des lièvres que les oiseaux mettraient sans doute long-
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temps à trouver, ce jour-là, dans la plaine. Faucons et fauconniers font honneur à rexccllent équipage de Si Mohammed.
Le retour s'effectue péniblement dans la poussière acre que soulèvent le long du chemin les galopades des cavaliers et les piétinements des babouches innombrables. Une folie d'activité semble emporter la foule. Les chevaux fuient, ventre à terre, et quelques-uns se dérobent dans les champs d'orges; les voitures se disloquent à rouler dans des chemins mal frayés. Seuls les goiimiers, rendus au calme, reprennent pour revenir leur marche de guerre imposante, avec les musiques élégiaques et rustiques, où luttent, sans souci de l'accord ni de la mesure, les chalumeaux, la flûte, la clarinette et la cornemuse.
Le soir comporte l'inévitable illumination et les diverses fanfares, bals, feux d'artifice convenables à toutes réjouissances publiques et consacrées par l'usage...
Trois jours, les fanfares font sans cesse leur vacarme, que la persistance rend parfois douloureux. Les Arabes, en bandes, circulent, vont à d'inconnus divertissements; la fumée des cigarettes parfumées et des bois de cèdre flottent par les chemins, par les jardins, mêlés aux relents des graisses et à l'odeur forte de galettes que l'on cuit dans chaque maison.
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Le premier jour, des méharistes accomplissent le chemin qui sépare Touggourt de Biskra, soit 210 kilomètres, un starter les suit et le président des courses contrôle l'arrivée.