LA DOUCE RETRAITE
Toute la semaine, les Algérois s'en vont. Avant de partir ils s'assurent que la célébrité de l'oasis n'a pas menti, que le ciel y est plus beau qu'en aucune autre contrée. Les courses laissent un remous qui bientôt disparaît à son tour, comme le flot d'un torrent après l'orage.
L'oasis retombe en sa béatitude accoutumée, et l'étranger jouit du calme reconquis, après Tinvasion d'un peuple où se mêlaient bien quelques barbares.
Sans doute, de jeunes hommes, en quête de sensations rares élurent Biskra pour y vivre quelques jours d'une autre teinte que celle, trop grisaille, et trop connue par ailleurs. Comme les débilités, dont les poumons crépitent, râlent et brûlent, dans cet air, d'un phlogistique d'une haute vertu, quelques névropathes
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trouvent, par des considérations homéopathique?, un appréciable soulagement.
Les artistes qui passèrent là, et le nombre en est grand, constatèrent tous la retraite la plus incomparable, pour le travail, le recueillement propice pour Taccomplissement de toute œuvre, la thébaïde du plus doux repos.
Pourtant les (( animal-spirits » des Saxons que la curiosité conduit au Sahara, ont quelques ressources. Il y a pour eux de longues chevauchées dans la plaine, sur d'inlassables bêtes indigènes. Il y a surtout la chasse qui offre aux activités yankees une admirable occupation.
Les temps héroïques des chasses algériennes sont passés, et les plus vieux colons, les premiers venus, ont seuls pu voir, sur la route de Bougie à Sétif, les grands fauves arrêter la diligence comme de simples bandits de grands chemins. Il n'y a plus, dans tout l'Atlas, que le lion trop fameux de Tartarin ; les panthères de Bombonnel sont toutes mortes sous les balles du chasseur légendaire.
Le touriste, biskri se contente d'un moindre gibier; il a d'ailleurs le choix entre les battues de la plaine et celles de la montagne. Le désert a les gazelles; les indigènes, excellents rabatteurs, indiquent les gîtes probables et le chasseur peut poursuivre sur un cheval
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rapide la béte qui bondit sur le sable et fuit avec une extrême rapidité, dans l'espace sans limite.
Le slougui, lévrier à poil ras, est parfois dans ces galopades un auxiliaire merveilleux; — quelque messaoïid (*) lancé sur la trace du gibier, l'arrête souvent après, toutes les émouvantes péripéties d'une chasse à courre.
L'outarde se rencontre fréquemment sur les routes des Ziban. De nombreuses perdrix se cachent dans le sillon des orges et les cangas du désert viennent chaque matin boire aux sources de l'oasis. Durant le mois de mars, les cailles abondent à quelques centaines de mètres à peine des habitations, et la chasse en devient insipide, à force de facilité.
On tire les ramiers à la Montagne de Sel près El Outaïa {-). Le chemin de fer mène à ce village indigène en moins d'une heure, et la montagne est à une faible distance de la station.
Le bloc de gemme, d'argile et de tuf se détache nettement parmi les dernières ondulations de FAurès. On arrive sans trop de peine au sommet, d'où l'on
(1) Nom que l'on a coutume de donner aux chiens.
{^) El-Outaia (la riche plaine) fut, dit-on, à l'époque romaine, l'un des greniers de la Mauritanie. M. L. Teisserenc de Bort s'eftbrce de retrouver les richesses de jadis dans ce sol longtemps abandonné ; il y a semé d'immenses champs d'orge.
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découvre tout le Sahara biskri, le col de Sfa, la chaîne des Zihan, El Kantara et TAurès au nord, PAhmar Khaddou, le plateau de Branis, le col des Chiens au sud. Au pied de la montagne, une dépression profonde et couleur d'ocre a reçu le nom de Ravin rouge. La configuration de la montagne est elle-même fort pittoresque. Les eaux pluviales ont sculpté dans les gemmes des excavations de formes irrégulières, tantôt des masses à demi fondues apparaissent, avec la fluidité des glaciers alpins, tantôt ce sont des stalactites et des stalagmites formées par des ruisselets ou des gouttières. Des cavernes profondes se sont peu à peu formées dans la profondeur même du bloc salin; un tilet d'eau limpide, saturé de sel, se perd avec bruit dans des puits profonds.
Les oiseaux se réfugient en grand nombre dans les flancs de la colline; ils élisent domicile dans la profondeur des roches salées dont ils sont friands. Une pierre habilement lancée les apeuré dans leurs retraites, et ils fuient à lire-d'aile, sous le plomb des chasseurs qui ont ainsi réalisé le plus intéressant des tirs aux pigeons.
La plaine est le refuge des lièvres et des gazelles et l'on peut, en gardant d'atîùt, tirer le chacal et l'hyène.
Le mouflon si recherché, et d'une chasse à la fois si intéressante et si ardue, est assez fréquent dans les
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montagnes du Sud-Constantinois. De bons rifles tirent chaque année le métiant animal dans la région même d'El Kantara. La poursuite en est longue et nécessite rhabilcté des chasseurs indigènes ; mais une battue soigneusement organisée n'est jamais inlVuctueuse.