‹ Au pays des palmesChapitre 24 sur 34 · LE RENOUVEAU · texte numérisé non relu

LE RENOUVEAU

Le printemps a des langueurs irrésistibles; la volonté du plus fort fléchit, le voyageur que la France appelle y écoute doucement des voix de sirènes qui chantent dans le crépuscule maure et, malgré lui, demeure. Il semble, qu'ainsi qu'une maîtresse ingénieuse, l'oasis prépare vers l'avril les flltres qui retarderont l'heure des fatales séparations.

Les parfums sont plus troublants et la blancheur des orangers fleuris y mêle d'énervants effluves ; le calice des fleurs exhale des narcotiques puissants qui font le sommeil plus profond et les rêves plus diaphanes.

Tant mieux pour qui s'enlise en ces singulières délices, tant mieux pour qui s'est endormi, sous les palmes, dans les jardins où des neiges fleuries blanchissent les orangers, où les grenadiers étalent leurs san-

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plants pétales... quand sonnait Theure du retour, vers quelque province orgueilleuse des verdures nouvelles.

Nulle baguette féerique ne vient ici, au matin de mars, habiller les boutons-d'or et rendre la voix aux oiselets. Le Midi semble dédaigneux du théâtral travestissement, ses verdures sont immuables et leurs cimes ne peuvent vieillir, comme les têtes chenues de nos chênes, aux jours de Tautomne. Nul appréciable changement ne marque ici que le printemps joyeux est revenu, car le printemps n'était jamais parti !

Et pourtant, malgré Tapparence persistante des premiers aspects^ une invincible attraction attache, vers la lin de la saison, ceux qui ont passé aux bords du Sahara les mois d'un hiver pourtant si doux. Ils voient jaillir au cœur des palmiers, les larges lames de sabre qui s'ouvrent et livrent le faisceau d'or que féconde le khammès pour les régimes (*j magnifiques bientôt mûris.

Celui qui demeure oublieux des gaietés du printemps de France, peut voir s'acheminer sur les perspectives infinies du Bled-el-Ateuch (Pays de la Soif) les peuples

(') Le khammès prend la fleur màlc — une brindille de fleur de dokkâr — rintroduit dans la fleur du palmier femelle, lie le tout d'un brin détaché d'une palme qui est quelque temps après retiré, ^^ pour rendre aux shammrock leur liberté. ^H

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du désert, que chasse le soleil flamboyant, vers les frais plateaux.

L'interminable défilé des douars du désert commence vers la fin de mai et dure de longs jours. Les caravanes coupent l'horizon d'une file immenses qui va, s'amincissant, se perdre dans les au-delà mystérieux : cavaliers, dromadaires, troupeaux et piétons...

On les voit aux époques fixées par les chefs, ils apparaissent le long de l'Oued Biskra, occupant les rives et le lit caillouteux, blanchissant la rivière desséchée des tentes qu'ils déploient et qui complètent l'aspect d'une grève vers laquelle tout à l'heure, la mer va venir !

Ils s'arrêtent parfois aux portes de la cité, et les chefs des douars viennent saluer le caïd. Ils défilent devant lui, dans un mouvement rapide de fantasia... tandis que les femmes crient dans les bassours, que les troupeaux vont bêlant, que toutes les clochettes tintinnabulent, et que les chiens, Joyeux, aboient.

De l'éminence où il s'est placé, l'agha les suit d\m regard indéfinissable, en lequel transparaît comme un regret : la nostalgie ancestrale d'une race vagabonde, dont le fils, aujourd'hui, a fixé sa tente immuablement... Ils disparaissent vers le nord où, de temps immémoriaux, ils eurent des pacages pour leurs bêtes et de l'ombre pour leur repos.

L'œil qui vit d'abord les têtes oscillantes des droma-

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daires, suit à prcseni la ligne indécise des groupes, en un raccourci confus où toutes les richesses du Sahara s'éloignent lentement avec des mouvements irréguliers de houle.

On a bien souvent , à propos du Moghreb, évoqué les tableaux bibliques, et Guillaumet vit plus d'une Rébecca, parmi les Bou-Saadines, emplir l'outre à la source fraîche ; ici c'est la naturelle évocation de la fuite hébraïque vers la terre bénie de Chanaan.

Ils fuient avec joie; ils trouveront là-bas d'autres horizons, des ombres plus douces, certains d'ailleurs qu'ils laissent derrière eux la misère et la mort.

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