‹ Au pays des palmesChapitre 25 sur 34 · CASINO · texte numérisé non relu

CASINO

Longtemps , l'oasis en sa sérénité ensoleillée se suffit, et des pèlerins y revinrent parce qu'ils l'aimaient pour elle-même, parce que Notre-Dame du Réconfort y avait peut-être le plus beau de ses asiles. Ceux qui se plaisent à voguer « loin des côtes semées de casinos » s'y rencontraient et se tendaient, sous les ombrages, des mains émues.

Loin du tohu-bohu carnavalesque de Nice, des courses cyclistes, des désolantes opérettes surannées, loin de la multitude que le snobisme enrégimente, quelques détachés^ quelques pensifs se sentirent heureux d'avoir découvert, pour y vivre quelques jours, Biskra, la Reine du Désert.

Depuis que la première machine noire a conduit le premier convoi et que les sifflements rauques de l'acier étonnent, aux bords des grands lacs, les calmes phénicoptères dont l'aile rose tache l'azur, l'oasis n'est plus une île lointaine au delà des portes géantes d'ElKantara,

iio Biskra

c'est un port cosmopolite où toutes les nations abordent, où toutes les curiosités se heurtent.

Quiconque touche Al-DJezaïr ou Tunis, le blanc manteau du Prophète, est pris de la hantise du grand Désert et se hâte vers le belvédère d'où l'œil plane sur les solitudes mystérieuses du Pays de la Soif.

Depuis les pages où Fromentin et Guillaumet laissèrent le reflet de leurs enthousiasmes, les artistes firent populaire, l'émeraude constantinoise.

Dinet, Lazerges, Paul Leroy, Huguet, Thériat, Bompard, et tant d'autres, envoient quelques coins bleus à chaque Salon et suscitent les désirs de connaître et d'aimer ce sud éblouissant. L'orientalisme, qui devint une école de peinture, avec de très grands maîtres, eut ses littérateurs ; tous presque passèrent depuis dix ans sous les palmiers d'El Kantara, de Bou- Saada^ de Djelfa, de Biskra, et quelques-uns vinrent chercher une heure d'exquise émotion vers ces ruines de Thimgad récemment exhumées.

Quand le railway apporta vers Biskra le flot des touristes, et que même Lubin et Cook s'avisèrent d'y piloter les foules, il fallut remédier à l'inconvénient de l'insuffisance de lits. On vit à certains jours des fanatiques de fantasia, errer à la belle étoile durant des nuits entières, n'ayant pu trouver un coin de natte ou le drap vert d'un billard pour y reposer. Il fallut songer

Page 1