CHAPITRE PREMIER
Sans nul doute les bœufs sauvages y avaient séjourné. Quittant la chasse je suivis leur trace et tombai bientôt dans un épais fourré dominant un plateau verdoyant, aii les animaux s'étaient ouvert un passage facile. Je décidai de revenir et proGtai de mon excursion pour gravir l'un des sommets, d'où le regard embrassait la vaste plaine de Cû-Bi, limitée seulement au nord et au nord-est par une longue ligna blanche, la mer. Et j'eus alors l'impression de l'infini lointain si favorable aux rêveries tristes.
J'interrompis ces rêves pour retourner auprès de M. G*f* et obtenir quelques détails sur la culture du pays annamite; et les coudes sur la table, à la lueur d'une simple bougie, nous pûmes causer assez familièrement.
À Cû-Bi, le mao des rizières peut donner dans les bonnes années de 10 à 12 piculs (740 kilos) de paddy.
Le mao équivaut sensiblement à 36 ares; le riz se vendait couramment au marché de Hué, cette année-là, de 6 à 7 piastres : son cours moyen est de 5 piastres.
M. G*** procédait d'une façon très spéciale à la mise en valeur de ses rizières; il achetait, aux femmes qui le ramassent, du ma 1 à raison de
1 Ma, riz à repiquer.
60 centimes les cent paquets, ce qui lui permettait de repiquer de suite ses terrains.
Le planteur avait trouvé chez les Annamites une main-d'œuvre suffisante. Il faut exercer une surveillance de tous les instants, ce qui n'est pas toujours facile : aussi pillait-on à plaisir à la plantation de Cû-Bi.
Je n'oubliais pas mes animaux et pensais pouvoiries attaquer le matin, de bonne heure, au pâturage. Mais Morphée contraria mes projets et ce fut le grand jour qui m'éveilla.
Pour utiliser cette matinée, j'allai moi-même à six kilomètres plus haut prendre des renseignements. On ne signalait, dans les environs, aucune autre présence de bœufs; j'avais donc bien des chances de les trouver cantonnés et je voulus les attaquer le lendemain, au point du jour.
13 janvier.
Embarqué le soir par une pluie assez violente, je partis avec quatre coolies, le linh d'escorte dû à l'obligeance de M. D***et mon boy annamite. De longtemps je n'oublierai cette nuit, dans un petit sampan amarré à la berge, tout près de l'endroit où pâturaient les bœufs. Les Annamites, par crainte du tigre, avaient fermé le roufle et, pêle-mêle, s'étaient couchés dans l'embarcation. J'étais la