CHAPITRE PREMIER
de bambous, ranimai fit tête, chargeant brusquement le chien qui, je l'avoue à ma honte, déshonora l'expédition en fuyant et disparaissant pour le reste de la journée. Le sanglier était en pleine fureur. ... ce fut bientôt une série de poussées fougueuses, soulignées par les cris des Annamites harcelés. Nul ne pouvait approcher de la touffe sans que l'animal n'apparût avec un grognement sourd à la limite du bois, pour se jeter ensuite dans le fouillis de branches brisées qui constituait son fort. J'arrivai sur ces entrefaites et résolus de mettre fin à la lutte; j'envoyai ma chienne Miss sur la bête, qui fit face, et Miss, repoussée avec perte, m'apparut, en même temps que la tête de son ennemi. J'épaulai vivement, et non moins vivement je relevai mon arme. Mon boy, passant dans mes jambes, armé d'un coupe-coupe, allait droit sur le gibier, qui disparaissait de nouveau. Il fallait en finir. J'entrai dans le bois, très en avant des Annamites, qui d'ailleurs paraissaient peu disposés à m'accompagner, montrant les horions que leur avait valu leur trop grande audace. Mais la marche n'était pas facile, rampant dans une sorte d'étroit couloir formé par le passage de l'animal. J'avais fait à peine quelques pas que je le vis surgir devant moi. J'épaulai aussi vite que la position le permettait et fis feu : un bruit de branches brisées, un grognement formidable
répondirent. J'étais chargé... Instinctivement, je tirai une seconde fois sans aucune perception d'effort de volonté. Mais ma charge de chevrotines, à bout portant, blessa grièvement l'animal et sa vitesse acquise le fit rouler près de moi. Tout en se débattant, cherchant encore à se défendre il m'atteignit d'un coup de boutoir au bras. Je ripostai d'un coup de couteau au cœur qui lui ôta désormais toute idée de vengeance. Ce fut une chasse mouvementée pour un gibier cependant bien ordinaire : la victime était néanmoins de taille respectable et donna 350 kilos à la balance du planteur.
La soirée se passa en de nombreuses largesses de viande aux Annamites et à la préparation de l'expédition.
11 janvier.
A la recherche des bœufs gaures.
Le matin, de bonne heure, nous étions debout; il fallut terminer le dépeçage du sanglier et en distribuer une part à la population, seul moyen de l'intéresser à nos chasses.
Nous partîmes, en sampans, pour tenter une battue de l'autre côté de la chaîne, dans une vallée de hautes jungles, légèrement mamelonnée. En certains endroits l'herbe avait été tondue et l'on pouvait voir de nombreuses couches fraîches.