CHAPITRE III ÎÎ
élection difficile : c'était de nous qu'il s'agissait, sans doute, et de notre passage dans le pays; j'eus toute l'explication par un mot discret d'un boy annamite qui, inquiet lui aussi, m'avait suivi sans bruit : « Mois ici, n'a pas son village, n'a pas quelqu'un qui ça commander », et il ajouta avec mépris : « Même chose chiens. »
Nous étions en face, sans doute, du plus rudimentaire état de civilisation de ces peuplades : pas de chefs 1 1 !
C'était sans tarder l'arbitraire à établir; les difficultés certaines de transports allaient se soulever et ce ne fut pas sans appréhension du lendemain que je regagnai mon lit de camp.
13 février.
Chez les Mois indépendants du Dj ambra.
Nos craintes n'étaient point vaines ; on nous présenta à peine quinze coolies, alors que le double était nécessaire. Il fallut former deux bandes et porter en deux fois pacotille et provisions jusqu'au village suivant, dans le sud-est, bien que notre direction générale fût le nord-est.
Dieu merci, nous trouvâmes, à Strom, les gens avec de meilleures dispositions. C'était un village fortifié, d'allure belliqueuse, mais dont les chefs
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pouvaient parlementer. Nous en conclûmes à deux races différentes, les Stiengs, et les autres, non dénommés, qui manquaient totalement d'organisation, refusant notre domination et tout contact avec nous.
Nous partîmes vite avec les porteurs; mais bientôt je m'aperçus que nous marchions invariablement vers le sud-est et qu'on cherchait à nous entraîner de l'autre côté de la chaîne par les hauteurs dominant la vallée du Song-Bhà. Le piège était grossier et j'en fis l'observation par l'interprète qui affirma, avec force protestations, que là-bas, dans le nord-est, on ne trouverait ni villages ni habitants; que la forêt était terriblement fourrée et les chemins impraticables. « Eh bienl nous verrons ! » Et j'engageai la colonne du côté du nord-est. Derrière nous j'entendis les vociférations des porteurs que cet itinéraire contrariait, niais nous nous sentions trahis et en butte à la plus hostile opposition. J'ordonnai l'ordre de marche habituel en pays peu sûr. Nous étions alors sur la ligne de partage des régions du Song-Bhâ et du Bar-Glûm, autrement dit, à cheval sur les régimes du Mékhong et du Donnai. Le Djambra est donc le nœud de cette ligne de partage.
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