‹ Au pays MoïChapitre 102 sur 116 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

14 f écrier.

Après une nuit dans cet endroit presque abandonné, et dont quelques habitants seulement vinrent relever nos coolies les plus fatigués, j'allai droit au nord-est, par un chemin de piétons serpentant devant nous, sentier large, bien débroussaillé pour le passage d'un convoi de porteurs. Subitement, je me heurtai sur le chemin à des abatis d'arbres : croyant à quelque ray récemment préparé je tournai à gauche pour éviter l'obstacle, mais je sentis la résistance et me baissai vivement pour arracher un piquet de bambou pointu, coupé en lame de canif, et qui avait pénétré le cuir de mes guêtres sans me blesser toutefois. Plus de doute, nous allions nous heurter à des populations hostiles ; avec un interprète insuffisant, il allait falloir user de grande habileté. Discrètement je prévins Marsay et Âmirand de surveiller les hommes et me mis à la recherche de passages, au milieu de ces pièges. J'en laissai malheureusement échapper quelques-uns qui tombèrent sous l'œil de notre Bèp. Ce que je craignais arriva, l'escorte commença à trembler, et, « Mois méchants faire tiet l » était tout ce que

1 Mourir.

nous pouvions en tirer; il ne fallait rien attendre d'eux que de suivre passivement sous l'égide de nos winchesters. Je fis appeler l'interprète, pressentant par le nombre des pièges que nous approchions du village. Mais il avait disparu!! La situation s'aggravait, nos Annamites apeurés demandaient à « rentrer à Tay-Ninh », ce qui n'allait point avec nos projets. Je ne cachai pas à mes amis la gravité de la situation. Ce n'était encore que l'opposition latente; mais, d'un moment à l'autre, nous pouvions être attaqués; il fallait être prêts à tout événement. J'avais affaire heureusement à de braves compagnons, et nous étions bientôt d'accord : il fallait avancer malgré tout ! ! Nos miliciens désignèrent, parmi les coolies, un Moï qui savait quelques mots de cambodgien. Nous allions essayer de nous en tirer et j'avançai avec lui et le Bèp, comme second interprète, vers les premières cases dont je reconnaissais de loin les toits. Nous enfonçâmes une porte sans trouver personne.

Deux heures après arrivaient quelques individus avec des coolies de relais, et nous pûmes, sur des embarcations en bambous, traverser un large torrent que je reconnus pour être le Dac Glûm. Nous étions sur une route fréquentée, car ces barques étaient de construction ancienne, et nous continuâmes assez facilement vers le nord-est. Je pus reconnaître,

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