‹ Au pays MoïChapitre 109 sur 116 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sans découvrir de chemin; tous infléchissaient vers l'ouest ou le sud-ouest. Les Mois avaient-ils raison? la région était-elle réellement inhabitée et sans issues? J'indiquai aux porteurs mon intention d'aller dans le nord-est : ils me répondirent par des dénégations énergiques, montrant leurs plaies et me suppliant; ils faisaient pitié, si traîtres et si fourbes qu'ils soient et puis... sans inter prête, comment faire? Je commençais à désespérer de cette situation et leur fis comprendre de gagner un village quel qu'il soit. Ils se lancèrent aussitôt dans le sud-ouest, et, en trois heures, par un chemin très bien tracé nous ramenèrent chez eux 1 1 !

25 février.

Retraite.

Ce retour involontaire à Ban^-Kil n'avançait guère notre route, et l'expérience de la marche au coupecoupe était faite; à peine cinq kilomètres par jour! navrante perspective après avoir abandonné ou consommé les trois quarts de nos vivres. Il fallait se multiplier auprès des Annamites que minait la fièvre des bois. De plus, nous avions la preuve certaine de la trahison du village sur lequel nous avions cru pouvoir compter pour pénétrer dans le pays.

242 AU PATS MOI

On sentait dans cette opposition voulue la main d'un chef qui était, à mon avis, le jeune homme de la vallée, et que je regrettai alors de n'avoir pu interroger; j'aurais connu ses dispositions à notre égard, favorables ou non, et l'eusse mis en demeure ou de nous résister ou de se soumettre. Ce n'eût peut-être pas été sans danger, mais sait-on? Quoi qu'il en soit, ces regrets étaient bien superflus.

Toute la nuit le village fut en fête; on but le choum-choum près de nous, pendant que le vieux chef sacrifiait aux « Phès 1 » quelques entrailles et un cœur d'écureuil enfilés au bout d'un bambou légèrement effiloché et aplati à l'extrémité à la façon des mâts sacrés des Davaks. Rendait-il grâce aux esprits de notre échec? Les implorait-il pour conjurer notre colère? Peut-être les deux choses à la fois.

Nous partîmes droit au sud-ouest, mais nos hommes prétendaient que la route tournait vers le nord et qu'ils allaient nous montrer le chemin. Je restai cette fois très sceptique, mais nous suivîmes nos guides. La marche se faisait rapide, si bien qu'àonze heures nous reconnaissions Phô-Sô-Rhôn, près duDar-Glùm! C'était le retour sur nos pas, et nous avions mis, au départ, deux jours pour fran-

(1) Diables ou esprits malfaisants aux Laos,

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