‹ Au pays MoïChapitre 110 sur 116 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ghir cette étape! On nous reconduisait gentiment à la frontière.

Phô-Sô-Rhôn était désert. Soudain nos coolies de Ban-Kil se levèrent et, tels une volée de moineaux, s'enfuirent dans toutes les directions. C'en était trop ! Les linhs agacés se portèrent en avant, faisant siffler leurs balles. Je n'avais pu arrêter l'élan de nos Annamites.

Devant les gestes de Marsay et du Bèp six Moïs restèrent accroupis; parmi eux je reconnus mon fameux chasseur. À l'aide de solides rotins on leur lia les mains derrière leur charge et le Bèp leur fit comprendre qu'ils resteraient ainsi tant que nous n'aurions pas le nombre suffisant de coolies pour aller vers le nord-est. Ils firent signe que ce n'était pas possible.

Pour aller à un autre village ! alors, ils se chargeaient d'en appeler et, à intervalles réguliers, poussèrent le cri bien connu des Mois de la montagne : hout hout hou!

Après quatre heures d'attente, nous nous engageâmes avec quelques hommes dans la seule route praticable qui tournait vers le sud-ouest.

Par un chemin bien tracé au pied des montagnes où nous avait égarés le premier guide, nous arrivâmes à Lang-Chelong dont le chef vint nous faire des protestations d'amitié. C'était un village riche, très habité, et j'essayai des pour-

parlers pour gagner le nord-est. Nouvelles dénégations aussi énergiques t

Tout autour rien d'anormal; toutes les routes allaient ouest ou sud-ouest, aucune vers le nordest, sauf la nôtre et quelques chemins de rays peu importants» mais je découvris un sentier venant du sud-ouest vers le village, obstrué d'abatis et hérissé de piquets. J'en fis l'observatoin au chef qui renouvela ses protestations d'amitié. Pauvres gens!

Je heurtai de nouveau un piquet placé sur le chemin. Le chef, le jetant à terre avec colère, se mit à insister sur la pureté de ses sentiments. Nul doute que tout ce monde obéissait à un mot d'ordre; la richesse du pays dénotait une organisation ; le mot Mois n'a pas son village, via pas quelqu'un qui ça commander était le mot convenu, j'en avais la conviction.

Nous avions décidé de garder trois des hommes, les mieux portants de Ban-Kil, et de les ramener à M. de C*** pour les interroger.

Peut-être connaîtrait-on ce chef resté caché, qui nous avait si habilement éloignés de chez lui, et l'image du jeune homme revenait à ma mémoire comme une hantise magnétique.

Il ne fallait plus songer à aller vers le nord-est. C'eût été tenter Dieu. Le seul fruit de notre expédition serait de connaître le nom de ceux qui

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