CHAPITRE III
J'appelai mon camarade.
Il fallut, dès le matin, avant de partir, veiller au repas de tous; puis avecMarsay je poussai une reconnaissance aux environs.
Rien d'anormal aux portes du village; la brèche, piétinée de la veille, avec du sang le long des palissades.
A l'entrée, se tenait un buffle criblé de nos balles, incapable de se mouvoir au départ. Nous défilâmes devant lui sans qu'il cherchât à charger, tant il semblait souffrir. Pauvre victime ! plus courageux que ses maîtres, il avait payé cher son avant-garde.
27 février.
Nous évitâmes par un détour la route du pays stieng, afin de tromper les embûches des Mois, et rejoignîmes le chemin, après deux heures de marche en mauvaise direction. Nous rencontrâmes, dans cette expédition, une hotte pleine de riz abandonnée et six buffles qui fuirent à notre approche, quelques égarés sans doute du troupeau que nous avions vu la veille.
Des raysl Un village moï. Je le reconnaissais : nous arrivions chez des Stiengs amis, dont le chef vint à notre rencontre, tout heureux de notre retour,
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et c'est en riant qu'il .appela ses gens pour voir nos porteurs ligottés, roulant autour d'eux des regards farouches. Les Stiengs les connaissaient comme une tribu pillarde qui sans cesse les rançonnait. J'en gardai trois et fis délivrer les autres auxquels je rendis leurs couteaux, et qui seraient conduits à Tay-Ninh. De ce nombre était mon chasseur dont le regard révélait la colère. Peutêtre lui serait-il profitable de voir les Français. J'aurais même pu l'adresser à quelque Barnum de l'Exposition, qui l'eût exhibé comme un farouche Guillaume Tell.
Je jetai à nos fourbes quelques pièces d'andrinople qu'ils se partagèrent et disparurent dans la forêt. C'était la fin des difficultés; il était temps, car le personnel n'en pouvait plus.
Finis les inquiétudes de coolies, et l'abandon des caisses; finis les coups de fusil aux porteurs en fuite! Nous poussâmes un oufî peu mérité d'ailleurs, n'ayant pas atteint notre but d'explorateurs, car nous venions de reprendre le chemin des vulgaires touristes... Sic transit! mais la transition avait du bon ce jour-là.
D'En Shott à Kratié.
Il restait à traverser tout le pays stieng et nous décidâmes de reprendre le chemin de Thu-