CHAPITRE PREMIER
les jalons étaient tels que je les avais placés. Malgré une pluie fine et incessante, fort désagréable en cette promenade matinale, je fis l'ascension de quelques coteaux d'où le pays apparaissait tout entier avec son système tourmenté. A cette altitude de 70 mètres, il se présente comme un cirque très élevé au-dessus du niveau de la mer. Le village était perdu dans un bois de bambous, et n'eussent été quelques fumées on ne l'aurait pas soupçonné . J'avançais pensif, impression assez naturelle quand on regarde à vol d'oiseau, lorsque le cri rauque d'un coman (chevreuil) me rappela que j'étais à la chasse.
Je me portai vers la montagne, cherchant, en marchant, des feuilles de cardamone, pour appeler l'animal à la façon laotienne, mais à cette basse altitude je n'en pus découvrir. Avec les deux guides annamites nous marchions au coupe-coupe, manière bruyante de circuler qui laisse peu d'espoir de rencontrer le gibier. De temps à autre les hommes s'arrêtaient pour arracher de leurs jambes les sangsues des bois, et d'une pichenette sur mes bottes je faisais de même. L'eau des feuilles tombait en cascades et après une heure de cet exercice nous n'avions rencontré aucune béte. Je ne pus même observer d'essences curieuses dans les arbres de la forêt.
Rentré avec un insuccès complet, je trouvai
mon courrier de France, qui me fit oublier les fatigues de la matinée. L'après-midi je tuais pour la cuisine quelques tourterelles, tandis que Paul Cabot courait, à la grande joie des « gnos »
(enfants) du village, après les insectes et les papillons qui voletaient malgré l'absence de soleil.
24 et 25 janvier.
(Temp. mai. 21», min. 18°.
Une visite dans les rizières avoisinantes coûta la vie à deux paons superbes; c'était pour nos chiens un gibier nouveau dont ils semblèrent apprécier le fumet.
Mais au retour j'eus un moment de découragement; la cour de la pagode était submergée; nous étions dans un cloaque immonde, et les mandarins assuraient que le crachin, dans la vallée, correspondait à des pluies abondantes dans la montagne. Je prévoyais beaucoup de peine et une grande énergie pour traverser la chaîne au milieu de populations non pénétrées, peut-être hostiles.
Les Annamites de Huong-Hoâ semblaient redouter les Moïs de la région, sauf ceux des premiers villages; et je me demandais si la température n'eût pas été préférable à commencer notre exploration par le sud.