‹ Au pays MoïChapitre 16 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On vint alors m'annoncer l'arrivée d'un Français en sampan, sur la rivière. Je me hâtai vers la rive pour voir débarquer mon compagnon, joyeux, plein d'espoir en notre réussite et porteur de plusieurs lettres de recommandation pour les mandarins annamites. Trois linhs en arme l'accompagnaient; c'était l'escorte que j'avais demandée, peu nombreuse mais suffisante dans la montagne, où une petite troupe trouve toujours mieux son passage.

Nous pouvions compter sur cinq sampans et vingt coolies pour le lendemain et décidâmes, vu le mauvais temps, de remonter la rivière aussi haut que possible, prenant Huong-Hoâ comme base de nos travaux topographiques.

Puis joyeusement nous achevâmes la journée par une chasse aux cailles, très abondantes en cet endroit. A de nombreuses victimes j'eus le plaisir d'ajouter une bécasse de cette grosse espèce que nous trouvons en France au mois de novembre.

26 janvier.

Le matin, dès l'aube, le li-thuong prévint que les cinq sampans avec vingt coolies nous attendaient.

Chacun s'installa dans une barque suffisamment confortable. Le temps était passable, très couvert, plutôt menaçant. La température fraîche, agréable

même, permettait de rester dehors en casquette. Nous nous engageâmes donc sur la rivière; les courants y sont rapides dans la région montagneuse. Placés à l'avant de nos barques, je relevai la route, avec la planchette Hansen et Narsay, par des visées successives à la boussole Peignée. Avec le fusil sur les genoux nous nous sentions bien au début d'un voyage dans l'intérieur. C'était une impression nouvelle ajoutée à celle de nos précédentes et nombreuses excursions.

Bientôt le paysage se fit merveilleux. Des montagnes peu élevées tombait en festons une végétation luxuriante, épaisse; en bas, une plante à Heurs rosées baignait ses branches gracieuses, laissant couler dans les rapides quelques fleurs aux longs calices, un point rouge à la surface des eaux écumantes. Paysage nouveau pour nous, où la sauvagerie des rochers abruptes et des rapides vient se mêler bizarrement avec les fleurs et les papillons en une union cordiale de la grâce et de la force.

Tantôt, au travers de larges parties aux eaux furieuses, tantôt perdus sous cette végétation qui formait comme un dôme au-dessus de nous, nous cheminions lentement dans les inextricables méandres de la rivière. Les hommes, pour monter les rapides, se mettaientà l'eau, relevant jusqu'aux aisselles leurs kékaos annamites et poussaient la

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