‹ Au pays MoïChapitre 17 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

pirogue. Si pittoresque qu'il fût, le spectacle manquait quelque peu de convenance.

Nous arrivâmes ainsi à un point oit se dresse une canha. Une branche du fleuve confine à la mer, affirment les guides. Au fait, les eaux s'engouffrent avec.rapidité dans une sorte de fourche, inconnue encore des géographes, car la carte Pavie n'en fait pas mention. C'est là que nous établîmes notre campement, une case en feuilles de palmier. Sur l'un des. montants Marsay écrivit, en signant de nos trois noms : o Aux explorateurs futurs, salut! » Pendant le dîner le crachin se mit à tomber, jetant sa note froide, désagréable à notre enthousiasme et nous rappelant les prédictions météorologiques fâcheuses des mandarins de Huong-Hoa.

27 janvier.

(Tcmp. max. 17°, min. 14°.)

Nous nous éveillâmes sous la pluie, l'horrible pluie, frappant durement les paillottes légères de nos sampans, et après une rapide toilette nous partions à sept heures et demie, blottis dans l'intérieur de l'embarcation avec la seule consolation de lever un « topo » consciencieux. Les hommes grelottaient de froid et nous-mêmes subissions la mauvaise humeur générale. Nous ne pouvions

admirer les sites merveilleux, tapis comme des rats au fond de la barque.

Le soir nous pûmes atteindre une maison annamite près de Bao-Rai,où nous devions aller.

L'abri se présentait à souhait; nous l'acceptâmes malgré sa malpropreté et son peu de confort.

28 janvier, (Temp. max. 22», nin. 18°)

Au réveil le soleil dorait la cime des monts, les nuages fuyaient rougis par l'astre vainqueur; jamais rayon ne fut mieux salué en Indo-Chine et tout joyeux nous fîmes, en son honneur, une magnifique pleine eau dans la rivière.

A huit heures je donnai le signal du départ.

Le cours plus rapide et plus difficile de ce côté se présente comme un véritable torrent ; mais nos hommes, ragaillardis par cette belle matinée, s'étaient mis courageusement à l'eau, et les rives fuyaient lentement, toujours superbes, entre les montagnes. Nous rencontrâmes le sampan coulé d'un Annamite, pauvre marchand venu chez les Mois pour sa provision de rotins, de bétel et de tabac. Et sa tristesse s'augmentait encore de la perte d'un cochon qu'il venait d'acheter et qui, profitant du naufrage, fuyait à travers la forêt. Les vivres frais nous faisant défaut, je proposai de

Page 1