CHAPITRE II
Vers trois heures de l'après-midi nous étions à Cà-Dao, ayant parcouru de 12 à 13 kilomètres en projection.
Les autorités nous souhaitèrent la bienvenue et le village nous accueillit avec une certaine bonne humeur. Il fallut s'organiser pour gagner Tintérieur et la discussion des transports s'entama de suite. On conduirait sans hésiter notre matériel par Lop, aux rives du Song-Buong.
Tout allait pour le mieux et les chefs satisfaits de quelques menus cadeaux nous annoncèrent même la présence d'éléphants à quelques jours de là.
31 janvier.
Une impression nouvelle nous attendait au lever. Les indigènes, intrigués de tant d'ablutions, se pressaient autour de la case, examinant dans un respectueux silence et avec attention nos tubs et instruments de toilette. De nous voir nus et presque sans pudeur la foule se mit à rire; les femmes surtout témoignaient d'une curiosité maligne, étonnées de cette hygiène dont, hélas I plus d'une avait grand besoin. Malgré leur timidité, elles s'enhardirent assez près de nous pour nous permettre de les examiner avec attention. Elles sont généralement grossières de formes, fortes, avec des jambes bien
musclées : un sarrau d'étoffe bleu couvre les reins à la manière des Laotiennes, et un cache-sein de même étoffe serré sur la poitrine laisse la gorge et le ventre à découvert. Mais la plupart sont repoussantes de saleté et couvertes de gale.
Les cases de ces Moïs sont faites de paillotte et d'écorces d'arbres, au ras du sol. Tout le monde couche dans le même endroit; aux cochons est réservé un coin spécial fermé de tous côtés par des madriers qui les protègent contre les bêtes féroces.
Ces gens m'ont paru peu industrieux : le manioc, le riz (nep) et la patate constituent toute leur culture, avec le tabac, d'un goût assez désagréable, qui se rapproche beaucoup de notre caporal français, avec un peu plus d'acre té.
A sept heures et demie les 36 coolies étaient au campement, venus de différents points de la montagiie. Ce fut pour nous l'indice de nombreux villages soigneusement cachés au milieu des forêts. Si nous ne pûmes les apercevoir, le travail des rays attestait cependant leur présence. En somme, tous les itinéraires sont possibles dans ce pays et la population très disséminée est nombreuse, mais pauvre.
Nous -quittâmes Cà-Dao par un léger crachin; à mon compagnon revenait la corvée de topo et je prenais moi-même la tête de la colonne. Il fallut