‹ Au pays MoïChapitre 21 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

traverser des gués fort nombreux, le Song-Ta-Can plusieurs fois, puis leKé-Barai, un de ses affluents. Mes chiens s'étaient mis à ce genre de route, se jetant bravement à l'eau pour nous suivre; la température cependant était peu élevée, et bêtes et gens grelottaient après . ces bains forcés. Une averse subite rendit la marche pénible ; le paysage enchanteur prenait des teintes grises, et malgré tout nous admirions les fougères arborescentes qui coupaient d'un vert vif les feuillages sombres de la forêt. Leurs tiges fines et déliées, contrairement à celles qu'on voit généralement, sont couvertes de feuilles gracieusement découpées. Perchés sur dé grands arbres, des oiseaux d'un rouge incarnat voletaient et pépiaient à des hauteurs défiant le plomb du chasseur.

Nous allâmes ainsi jusqu'à onze heures et demie, en pente très douce, ayant parcouru dix kilomètres environ sous la pluie et par des chemins difficiles. Il fallut entrer dans l'eau jusqu'à la ceinture pour suivre les lits des arroyos que les Mois considèrent comme des chemins et dont l'administration des travaux publics se montre peu soucieuse. Au dixième kilomètre, après une traversée à gué du Ké-Barai, nous arrivions au pied d'une montagne qu'il fallut escalader à pic. Sous la pluie le chemin était devenu glissant, la montée fort pénible, avançant d'un pas, reculant de deux; enfin cahin-

j'en pris d'ailleurs ma bonne part; dans ce mauvais terrain, mes pieds heurtant une liane, je fus précipité de deux mètres de haut. Presque sans connaissance, j'eus toutes les peines du monde à reprendre ma route, ayant une jambe fort endommagée. Vainement je pensai arrêter la colonne en tirant mon revolver; Marsay, déjà loin, ne pouvait percevoir mon appel.

Tant bien que mal il fallut continuer, constatant sur la carte que nous- ne faisions pas un kilomètre à l'heure, tant nous passions par des altitudes différentes. Ajoutez à cela la chasse impitoyable qu'il fallait faire aux sangsues des bois, très abondantes par ce temps humide.

Les Moïs marchaient de leur mieux, mais la nuit avançait et les renseignements que je pouvais avoir sur notre arrivée probable étaient bien incomplets.

A six heures seulement nous aperçûmes des rays; c'étaient les premières cultures du village de Bouc perdu dans les nuages. Nous descendîmes à pic, nous asseyant pour éviter les chutes dans un sol gluant. Subitement nous passâmes de l'altitude de 600 mètres à celle de 100, dans le fond de la vallée. Il était sept heures du soir.

En arrivant, je trouvai Marsay déjà installé, ayant tout préparé pour soigner nos blessures, car nul, boys ou patrons, n'en était exempt :

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