CHAPITRE II
Marsay avait fait connaissance avec les sangsues; quant à moi, la violence de la chute m'avait ouvert la jambe gauche. Tous ces déboires, cependant, ne nous empêchèrent pas de dîner do fort bon appétit et, la vieille gaieté française renaissant, nous en arrivâmes à préférer notre sort du moment au temps où, confortablement installés, nous savourions d'excellents sandwichs au café de Paris, tant est puissant l'attrait de cet orgueil de passer les premiers là où pas un autre Européen ne s'est aventuré !
La population, fort empressée, vint à notre aide et nous mîmes à profit cet enthousiasme pour nous assurer de coolies. Nous comptions atteindre Bolo, où Ton signalait un troupeau de bœufs sauvages.
Bouc est un village riche, très peuplé et industrieux : le citer sur notre itinéraire était un premier service à rendre, un premier résultat de notre mission encore à ses débuts, mais qui s'annonçait intéressante.
2 février.
Mœurs des Mois de Bolo.
Tout près se trouve le cimetière, où s'élève une série de tombeaux que nous prîmes de loin | pour de petites pagodes. Dans chacun d'eux sont disposés comme offrande des bols de riz.
4« AU PATS MO!
D'après les traditions, ces sauvages ont pour toute religion le culte des ancêtres. Ils croient en un Dieu créateur, en l'immortalité de l'âme, mais avec une forte tendance à la métempsycose.
Un Moï vient-il à mourir? Les habitants lui dressent une tombe, disposent ses effets dans le tombeau, à F air libre, à la vue de tous; nul ne peut s'en emparer sans encourir la vengeance des esprits.
De Bouc à Bolo, la route n'existe, à proprement parler, que d'une façon rudimentaire. Nous allions tantôt par le lit des arroyos, dans l'eau jusqu'à micorps, tantôt avec le coupe-coupe, par des montagnes de trois à quatre cents mètres d'altitude. Nous nous jetâmes dans des forêts de bambous et de bananiers sauvages, pour aboutir à une assez forte rivière, le Ké-Bolo, entre la forêt touffue et de grandes brousses. Sur un banc de sable les coolies prirent quelque repos. Le chef du village principal vint iious y rejoindre avec deux autres, ses voisins : celui de Bolo, vêtu à l'annamite, au regard dur, le teint noir et la démarche hautaine.
Sans se prosterner, suivant la coutume annamite,
il salua poliment, nous invitant à venir chez lui où
il serait heureux de nous donner l'hospitalité. Il
était onze heures et demie quand nous y arrivâmes.
Bolo est construit sur un mamelon dominant les
hauts plumets de la brousse ; il se compose de sept à