CHAPITRE II
huit cases ; la sala y est vaste et confortable ; de nombreux rays font croire que, comme à Bouc, les Mois deviendraient des agriculteurs sérieux si leurs relations étaient faciles avec la côte. À peine installé, je questionnai le chef sur les chasses de la région : « Il n'y arien d'intéressant, me, dit-il, aux environs ; quelques paons descendent de temps à autre sur les rays : le village est entouré de pièges et de piquets, car nous sommes en guerre avec les gens de Phu-Hac, situé au norddeBolo. » « Pourquoi, lui dis-je alors, tant de têtes de conman, tant de queues d'écureuils dans la sala? — Ces soupçons, répondit-il, me peinent; nos pièges ont pris quelques cerfs, mais je ne puis assurer de vous en faire tuer, et puis quel intérêt aurais-je à mentir? » Peu après il revenait avec les cadeaux traditionnels.
Privés de vivres frais, je voulus acheter un cochon. « Oui, nous fut-il répondu, mais nous n'acceptons pas d'argent. Nous désirons une couverture. » Une de nos couvertures payée i fr. 50 chez Escande, magnifiquement bariolée de jaune et de bleu, fut échangée contre un porc très gras, bien en chair.
Cette population hardie, fière, indépendante, acquit bien vite toutes nos sympathies '.
1 Je ne crains pas d'employer ce mot pour les indigènes de Bolo, dont le chef nous rappela certain héros gascon d'Alexandre
Malgré le mauvais temps nous fîmes, mon compagnon et moi, une sortie dans les rays, où nous levâmes, sans pouvoir les tirer, quelques poules sauvages et un paon superbe. Nous avions pu nous faire une idée de l'aspect général du pays.
3 février.
De Bolo à Tia-Dao.
Renseignements pris nous pouvions, de Bolo, gagner en une demi-journée le village de Tia-Dao, mais les chefs ignoraient le Song-Buong, notre point de direction. Ce nom annamite leur était certainement inconnu.
D'après notre observation, la route nous avait fortement portés à Test et assurément nous n'arriverions pas au point désiré. La direction de Tia- Dao nous conduisait encore vers le s\id avec beaucoup d'est, mais ce premier essai pour prendre contact avec des populations nouvelles était sans but déterminé. Nous acceptâmes donc d'aller,' à Tia- Dao, toujours à travers des arroyos, nous livrant
Dumas. Lui demandant si en nous rendant à Phu-Hac, village avec lequel ils étaient en guerre, nous pourrions chasser l'éléphant : € Il ne faut pas aller à Phu-Hac, nous dit-il ; Phu-Hac nous a fait la guerre; il n'y a plus d'hommes là-bas, ils sont tous morts. » Cette réponse caractérise la curieuse Ûgure de ce Mol au caractère plein de prétention, assez rare chez les sauvages.