CHAPITRE II
4 février* (Temp. max. ÎÔ», min. 15*.)
Une plantation dans l'intérieur.
Le lendemain nous nous mettions en route avec le vague espoir de rencontrer des compatriotes ; cette idée doubla nos forces pour faire l'ascension d'un sommet d'un millier de mètres d'altitude, d'après nos baromètres. Régler ses instruments et les compenser n'était pas chose facile avec les variations énormes de pression dues aux changements de temps.
Du point culminant de la montagne s'étendait une vue superbe sur la vallée de la Song-Con. Le regard se portait à 50 kilomètres; au-dessous nous étaient signalés des villages annamites. La position était sans pareille pour un travail topographique. Nous admirions ce vaste panorama; une large et riante vallée que parcourait une rivière assez grosse s'ouvrait à nos pieds. En face, des collines couvertes de forêts laissaient deviner quelques vallonnements sous des brousses épaisses, la sauvagerie au milieu de terrains propres à l'agriculture pouvant donner grande richesse. D'un léger coup sur l'épaule un des Moî's m'enleva à ces réflexions, m'attirant doucement vers un point qui semblait l'intéresser. Je le voyais bientôt lever le bras vers le sommet des arbres; dans cet amas
54 AU PATS MOÏ
touffu, je ne découvrais aucun animal; c'était pourtant dans un but cynégétique que le moï m'avait dirigé. Après quelques efforts j'aperçus une sorte de nid ovale assez gros, paraissant maçonné dans l'arbre. Je n'en pus avoir que de vagues explications. C'était, d'après mon homme, un oiseau extraordinaire, avec la ressemblance du chien et qui ne quitte jamais sa demeure.
Je conclus à la présence de quelque variété de galéopithèque, et pour m'en assurer j'envoyai une balle dans le nid sans obtenir d'autre résultat qu'une avalanche de boue et de branchages.
Nous pûmes, en descendant, admirer de nouveau la vallée et la Song-Con. C'est alors que le cuisinier nous montra à près de 10 kilomètres et au pied de la montagne la concession européenne.
Nous craignions, vu l'heure tardive, de ne pouvoir arriver le môme jour ; mais les boys assurèrent que nous trouverions des sampans au premier village annamite et que, dans le courant rapide, nous arriverions avant la nuit chez nos compatriotes. Nous descendions par un chemin de chèvre, mais notre entraînement étant à son point maximum nous nous arrêtions, après deux heures d'une route difficile, aux rives de la Song-Con, dans un vallon étroit et de riante verdure. Nous longeâmes le cours des eaux à la façon moï, avançant dans l'eau