‹ Au pays MoïChapitre 29 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

vaises herbes poussent avec une facilité désespérante. Au dire des planteurs elles perdent 50 pour 100 de leurs revenus et sont la propriété des Annamites avoisinants. Ils se disposaient à organiser des systèmes de béliers hydrauliques pour en augmenter la valeur, caries eaux du Song- Gai et de la Song-Con seraient plus que suffisantes pour faciliter l'irrigation. Ce travail permettrait de prélever un droit de 12 pour 100 en nature sur la récolte. Toute la dificulté est de vaincre la routine du paysan, à qui un plus grand nombre de récoltes demanderait une plus grande somme de travail; car l'Annamite, paresseux, ne cherche pas, comme l'Européen, à tirer de sa terre le maximum de rendement.

Au confluent des deux rivières se trouve un village chrétien sur l'emplacement d'une ancienne digue qui servait autrefois à irriguer la plaine. Il dépend de la chrétienté que dirige le P.B..., missionnaire très zélé et d'une grande intelligence.

M. B..\ se souvint que le père annamite lui avait demandé de la poudre pour chasser l'éléphant. Nous demandâmes aux chefs du village chrétien si ces animaux avaient été signalés. Près du Song-Buong, nous dirent-ils, on aurait quelque chance de les rencontrer. Mais nous abandonnâmes la partie pour visiter à notre retour le Song-Viang.

Près de la plantation se trouve une chute d'eau importante, au bas de laquelle on peut voir les restes de galeries d'une mine d'or exploitée par les Chinois. M. l'ingénieur Clément l'avait autrefois visitée, mais ses prospections ne furent point favorables.

Un village moi a poussé ses rays jusque-là; le site en est des plus pittoresques et plein de sauvagerie. Pendant notre sommeil un tigre vint rôder autour de la maison, jetant l'effroi parmi les buffles. L'obscurité d'une nuit de nouvelle lune ne permit pas de l'apercevoir au travers des palissades.

Marsay et moi étions fort intrigués de certains propos de la veille sur la présence d'éléphants et décidâmes de visiter le confluent du Song-Buong, cette rivière que nous avions compté suivre pour en reconnaître le cours. Nous quittâmes nos hôtes en les assurant de notre gratitude pour les bons moments passés en leur aimable compagnie.

Montés sur des sampans nous descendions la Song-Con pour remonter ensuite le Song-Cai; le fleuve, en cet endroit, est large de cent mètres environ. Malheureusement la profondeur ne permettait pas d'utiliser son cours pour la navigation à vapeur. Le temps était beau, quoique couvert, et nous pouvions admirer ces montagnes que nous quittions en traversant cette large et belle vallée

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