‹ Au pays MoïChapitre 31 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

relation avec les Mois pour m'amener le chef du sud-sud-est avec quarante coolies et m'entendre avec lui.

Au dire des indigènes, les Européens n'avaient pas encore pris contact avec ce pays et cette voie paraissait plus intéressante que les quatre jours de sampans, pour aller par Quang-Nan et Fai-Foo, à Tra-My.

Vendredi i février.

« L'homme propose... » dit le proverbe

L'arrivée bruyante des Moïs avec leurs torches troubla le silence de la nuit et longtemps nous vîmes flamboyer des feux autour de la case; les premières lueurs de l'aube filtrant au travers des bambous nous mirent sur pied.

Les palabres inévitables ne furent pas longs, car, à notre grand désappointement, nous nous trouvions à la tête d'une dizaine de porteurs, et Pémissaire qui les conduisait racontait avec volubilité qu'une épidémie terrible avait sévi dans la région, et que le chef moy était descendu en Annam pour les fêtes du Têt; cette seconde version paraissait vraisemblable, les Moïs trouvant des échanges favorables avec les Annamites qui ont, à cette époque de l'année, de grands besoins d'argent.

C'était pour nous l'assurance d'une perte de

temps en pays moï et peut-être eussions-nous compromis la partie la plus agréable de notre expédition, la descente vers le cap Varella par les cours inconnus du Song-Tracûk et du Song-Bhà. Force fut de prendre la voie ordinaire en descendant le Song-Cai, tant il est vrai qu'en pays neuf la ligne droite n'est pas toujours le plus court chemin d'un point à un autre.

Le Song-Cai a l'aspect de la plupart des rivières del'Annam; dans la partie riche et plate du pays se trouve un village où grouille une population assez dense. Toute la vallée , cependant, paraît irriguée. Le nhaqué manque d'activité et les municipalités sont fort négligentes. Le fond du caractère annamite est la paresse ; il travaille pour vivre et son ambition est fort restreinte ; aussi, ne sait-il pas tirer de son pays toutes les richesses qui y abondent. Ici plus que jamais se fait sentir la nécessité de l'éducateur, du colon, secondé par une administration, exigeante envers l'indigène, mais aussi paternelle dans ses rapports avec lui. Il faudrait protéger les grandes sociétés d'irrigation et éviter qu'elles ne tournent à une exploitation exagérée des paysans. Malheureusement les exemples qu'on en a vus au Tonquin n'ont rien que d'alarmant, à cause de la trop grande âpreté des colons français, désireux de faire une fortune rapide. Nul doute qu'avec des contrats conçus en des termes raison-

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