‹ Au pays MoïChapitre 37 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ils désiraient reconstituer les rizières d'autrefois. Tra-My, en effet, était une prison d'État annamite; les mandarins ayaient fait défricher pour leur compte les fertiles terrains de la vallée, et la ville avait pris un gros regain de richesse. Mais sous l'un des nombreux règnes de TAnnam cette institution disparut. M. B*** en attribue la cause à la maind'œuvre, tous les prisonniers trouvant la mort dans des défrichements aussi pénibles que malsains \

I Main-d'œuvre dans le Quang-Nam.

Une journée de coolies dans la plaine se paie 8 tiens sans nourriture

Les Annamites paient leurs coolies 3 tiens par jour et les nourrissent (ce qui représente 2 tiens et demi à 3 tiens et demi).

Dans la montagne le prix de la main-d'œuvre est plus élevé : il peut monter a une ligature, une ligature deux tiens.

Prix de* sampans.

Un sampan d'une jauge coûte de 20 à 25 picules, 3 ligatures par jour. Los sampans d'une jauge plus forte se paient surtout par contrat.

II faut stipuler d'avance avec le sampanier le nombre do jours, le nombre de picules, etc.

Le prix de 3 ligatures par jour peut varier suivant les difficultés, si le voyage est exigé de nuit, etc.

Les Annamites donnent 3 ligatures par jour en marche une ligature par jour au repos, et la nourriture.

Cours de la sapèque à Tra-My.

Sapèque en 6 : chapelet de 6 ligatures.

Une ligature vaut 10 tiens; chaque tien, 10 sapèques en 6.

Un chapelet en 6 contient 600 sapèques.

Sapèque en 3 : chapelet de 3 ligatures.

Une ligature vaut 10 tiens. Un tien vaut 20 sapèques. Une ligature en vaut 200.

Un chapelet en contient 600.

Une sapèque en 6 contient 2 sapèques en 3 ; elle est un peu pins grosse et marquée de caractères différents.

Taux par rapport à la piastre : tués difficile suivant les

Les Mois se chargèrent de massacrer les derniers et, au rappel des mandarins, les rizières furent complètement abandonnées.

Quelques Nha-Qués avaient essayé de les mettre en culture, mais ils ne purent en payer l'impôt; les colons, usant de la loi de protectorat, s'emparèrent des terrains irréguliers qui font partie, de droit, de toute concession européenne.

Cette mesure, qui semblerait tout d'abord léonine, est utile en ce pays ; elle oblige le paysan à déclarer ses rizières à l'administration, car, à mon avis, si l'impôt était, ici, réellement dans son assiette, si l'administration contrôlait par un cadastre sérieux les terrains cultivés, les revenus de la colonie prendraient une très grande extension et l'adjonction de nouvelles taxes deviendrait en grande partie inutile. Mais il a fallu compter avec un besoin d'augmentation immédiate du budget pour les nécessités si importante des travaux publics et cela, sans nul retard, car le cadastre ne peut être établi du jour au lende-

régions. Varie de 7 ligatures 5 tiens à 8 ligatures 5. Monte quelquefois jusqu'à 9, en général, mais se tient surtout vers 7,8 ou 7,9. Le taux varie, non le prix des produits (noix d'arreq, riz, etc.).

N B. — C'est la noix d'arreq qui fait surtout varier le taux de la sapèque.

Le Chinois, à Fai-Foo, donne le taux pour les pays qui manquent de noix d'arreq. Il exploite le change à son idée ; c'est une loi d'offre et de demande directe.

main. Ce sont ces difficultés de perception de l'impôt sur les terres cultivées qui ont nécessité l'apparition des taxes sur le sel et les sampans dont on a tant parlé et qui ont été la cause de si violentes polémiques ! .

Tout autour des rizières et des terrains à défricher nous trouvâmes quantité d'animaux : paons, chevreuils, poules sauvages et bécassines. Ce fut

1 Le sel que Ton vendait sur la côte de 5 & 15 cents s'achetait en douane de 95 centimes à 1 fr. 35. A Tra-My il coûtait avant la taxe 20 cents et 25 cents : au début il avait coûté do 15 à 30 cents au Tanh-Iloa. Lors de notre passage, il était hors de prix. Le commerce de cabotage des jonques vers Singapore s'était temporairement arrêté. Il a repris depuis dans les anciennes proportions, car les objets de première nécessité ne peuvent subir de crises économiques durables. La production du pays ne fit donc qu'augmenter, le besoin de vivro entraînant au travail ces populations dont le seul idéal est de no rien faire.

Aujourd'hui le commerce du sel a été repris par une maison française qui a traité avec la douane pour s'en occuper à Singapore. Elle exporto par vapeurs et par voiliers, utilisant ainsi quelques caboteurs sous pavillon français; le commerce des jonques chinoises tend à disparaitro ou à être remplacé par un commerco moins rudimentairo. C'est un progrès vers l'européanisât ion du commerce, seule façon d'arriver à lutter contre les étrangers. Les Hollandais ont été si loin dans cetto idée économique qu'ils ont interdit le commerce des jonques et n'ont donné qu'aux caboteurs construits à l'européenne l'accès de leurs côtes. Les commerçants font aussi transporter par des compagnies indigènes responsables, dont les navires et marchandises sont assurés et le contrôle peut être fait sur le commerce indigène.

Chez nous le navire européen seul est sous le contrôle de la douano, la jonque trafique presque librement; aussi notre colonie est-elle le point de mire de tous les contrebandiers de la côte, la le commerce honnête en souffre. M. Doumcr à fait disparaître la piraterie chinoise sur le sel. Quand exigera-t-on la navigation régulière de ces tristes armateurs, descendants directs des anciens pirates?

pour nous l'occasion d'aller le soir tirer le cerf à raffut. Installés dans un mirador, Marsay et moi apercevions, à quelques mètres, un troupeau de buffles. L'essai resta infructueux, car nous ne pûmes empêcher toute une population de gardiens, enfermés avec nous, de rire et de fumer, en devisant autour d'un feu qu'ils avaient allumé.

Mercredi 22 février.

Premiers pas en pays davak.

Il fallait quitter la plantation pour tenter la chance en forêt, et, tout étant prêt, nous nous rendîmes vers les Mois du sud-sud-est. L'itinéraire était tracé par les blancs de la carte qui s'étendaient sur tout le cours du Song-Bhâ et du Krong-Blâ, l'un jusqu'à An-Ké, l'autre à la mission des Banhars. Nous voulions étudier plus spécialement, d'après les conseils qui nous avaient été donnés, le Song-Bâ dont le cours pouvait être utilisé commercialement par la province de Binh- Dinh, si toutefois il était praticable. De plus, sa vallée constituait peut-être un passage nouveau pour le tracé futur du chemin de fer. Il était donc intéressant de le connaître. Nous avions tous nos éléments sous la main, MM. Derobert nous ayant fourni la pacotille nécessaire à nos payements chez les Mois.

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