CHAPITRE II
Nous attendions notre escorte, un Bèp et deux linhs : tout semblait donc prêt pour le départ.
Jeudi 23 février.
Un seul point nous inquiétait, Paul Cabot souffrant depuis quelques jours et repris d'un accès de fièvre qui ne semblait guère devoir céder facilement. Ce fut notre grande préoccupation; nous ne pouvions abandonner notre compagnon qu'au cas où sa santé nous forcerait à le diriger sur Tourane. Ce retard occasionnel nous permit de visiter le confluent du Song-Tran et du Tra-Vian, sur les bords duquel nous avions attaqué les éléphants. C'est un pays merveilleux et plein de sauvagerie. Nous pûmes constater quelques traces de ces animaux sans pouvoir les suivre, désireux de partir au plus vite si l'état du malade le permettait.
Au confluent des deux fleuves se dresse un village annamite où la culture est faite comme en pays moï, arrosée par le Song-Tran dont le débit d'eau est très considérable. Je ne serais pas éloigné de croire que, malgré les nombreux rapides, la rivière peut être navigable pour de petits sampans, jusqu'au Song-Tu-Bong. 11 serait important de le savoir, car cette voie amènerait plus rapidement à la côte le commerce de Tra-My. Aux alentours du village, nous rencontrâmes un coolie
86 AU PATS MO
24 février.
Départ.
Voici qu'allait recommencer la vie libre et indépendante de l'intérieur : les fusils et revolvers sortaient de leurs caisses pour n'y rentrer, sans doute, que dans quelques mois; nous cheminions, heureux de courir l'aventure, jouissant en dilettantes des beautés sauvages qui nous entouraient. Seules les sangsues apportaient une mauvaise note à nos promenades. Et cependant nous nous étions prémunis contre elle avec le kékouan annamite qui permettait de courir la brousse sans crainte d'incursion par trop indiscrète.
Malgré son odeur de serre chaude et son humidité la forêt offre, de ce côté, un attrait tout spécial : belle d'une beauté de tombeau, c'est bien la barrière redoutée des Annamites qui se rendent chez les Mois; rien n'étonne des légendes qui courent le pays et des craintes qu'inspirent ces lieux où se dresse, sans cesse menaçant, le spectre de la fièvre des bois. Une mousse verte recouvre les arbres et les lianes descendent en stalactites bizarres ; les fougères arborescentes, serrées les unes contre les autres, la tige recouverte de plantes variées, s'élèvent, cherchant un rayon de soleil que la frondaison épaisse leur défend à jamais de recevoir. On