CHAPITRE II S
comprend l'impression du voyageur qui, perdu dans ces solitudes, se sent étreint par les miasmes qu'elles dégagent : il se voit déjà sous les voûtes froides de quelque caveau.
Mais quel magnifique et imposant tableau t Les réalités de la vie nous arrachèrent bientôt à ces sombres réflexions ; nos Annamites s'étaient engagés à contre-cœur dans cette mauvaise région etnousn'étionspas sans crainte de paraître trop confiants en la fidélité apparente que savent simuler les Jaunes quand ils veulent mieux vous tromper.
Un de nos linhs arriva hors d'haleine, annonçant avec force gestes que des porteurs venaient de disparaître avec leurs charges. C'était un peu notre monnaie courante quî s'en allait, et l'on n'a jamais trop d'alcool ni de pacotille pour aplanir les difficultés avec ces populations et entrer en contact avec elles. Cette fuite nous exaspéra et nous envoyâmes au résident un passager porteur d'une réclamation contre le village. Quant aux autres, on les surveilla avec la plus grande sévérité.
Je n'oublierai de longtemps cette première nuit dans la forêt, sur les cailloux d'un arroyo presque à sec, et que nous passâmes, mon compagnon et moi, à écrire les impressions de la journée, tenant à l'œil nos hommes et sondant parfois la brousse quand se faisait entendre de trop près le « cop » du tigre rôdant autour de nos feux. Ce fut avec un
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grand "soulagement, je Tàvoue, qu'apparurent les .teintes argentées de la lune sur le sommet des * arbre». L'aurore s'amenait et nous reprîmes la route sans avoir à déplorer, Dieu merci, de nouvelles défections 1 .
26 février.
(Teirp. max. 25°, min..20<\)
11 nous restait encore une bonne journée de marche dans la forêt. L'itinéraire se déroulait toujours sur les bords du Sông^Hoa. Mais bientôt le chemin devenait moins touffu, perdant quelque peu de sa sévérité. Les sangsues* elles-mêmes étaient plus rares : nous ajlions, égayés par le chant des oiseaux-; je ramassai une plume aux couleurs d'un bleu vif, vert doré à l'extrémité ; les hommes affirmèrent que. cet oiseau se nourrissait de sangsues. Marsay le déclara aussitôt animal sacré pour l'expédition.
Vers midi nous arrivions au confluent d'un ruisseau affluent du Song-Hoa; à quelques heures de là, vers le sud, on annonçait Tra-Vian, à 3 kilomètres du Song-Tran (S. 10° E.) dont fait mention la carte Pavie. Une heure après, nous
1 La carte Pavie pour cette région est à peu près exacte, sans annoncer cependant les irrégularités de la routo qui rendent la distance effective de Tra-My à Tra-Vian beaucoup plus longue qu'on pourrait le croire.