CHAPITRE II
rét des échanges ! Mais leur constitution communiste restera le principal obstacle à l'introduction de la civilisation, à moins que nous ne sachions donner des besoins aux chefs, et j'en reviens toujours à l'éternel moyen que j'ai indiqué dans mon dernier ouvrage, à propos des Muongs, créer de grands suzerains et confédérer ensemble les villages séparés, perdus dans la montagne. C'est ce travail qu'ont accompli les Pères de la Mission des Bahnars qui, seuls jusqu'ici, exercent une influence morale réelle sur les populations sauvages.
Vendredi 3 mart.
(Temp. max. 28», min., 20*. )
Les chefs de Man-Ré nous conduisirent vers le nord-est; ce n'était point la route pour gagner le Haut Song-Tracûk. Nous cédâmes cependant à leurs instances, à condition de reprendre la vraie direction, au village suivant. C'était bien là le désir de nos guides qui voulaient se débarrasser de nous au plus tôt. Après trois heures de marche nous nous arrêtions sur la rive droite de Nuoc-Mao; puis, ayant distribué les charges, nous]fenfoncions dans une région de forêts vierges à altitudes très diverses, variant de 1,400 à 2,000 mètres, dont l'aspect est moins malsain que celui des plus basses régions. On y rencontre des Moïs qui
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débitent la cannelle sauvage. Nous arrivions vers sept heures du soir à Lang-Jeûeû, après avoir coupé une boucle importante de la rivière. C'est de là, nous dit-on, que partirent Garnieret sa mission pour joindre Attopeu, puis la Mission des Bahnars. Ce n'est pas sans difficultés que nous entrâmes au village; mais notre interprète, bien conseillé, fit triompher notre cause par l'offre, solennellement faite, d'une ombrelle japonaise de 2 fr. 50.
Notre arrivée avait mis en fuite la population. Seul, un jeune chef à l'air énergique nous accueillit froidement. Malgré ces dispositions peu bienveillantes, je pus faire une visite dans les habitations et obtenir, avec son assentiment, les vivres dont nous avions besoin.
Les villages n'étaient point palissades, ce qui dénotait une population calme, qu'avait effarouchée sans doute notre apparition inattendue. Vers neuf heures, après une longue attente, tous les hommes rentrèrent un à un, nous regardant d'un œil soupçonneux, plutôt mauvais. Le chef put cependant nous assurer des porteurs.
Cette station nous permit de constater que là se cultivent le riz, le tabac, la cannelle, le coton et la canne à sucre. Ces richesses se multiplieraient si les Mois pouvaient vendre à la côte; mais leur caractère indépendant, l'appréhension qu'ils ins-