‹ Au pays MoïChapitre 48 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pirent n'incitent pas à les fréquenter et le commerce leur est totalement inconnu.

Le chef devînt bientôt notre ami et les craintes des premières relations furent vite dissipées. Nous quittâmes Long-Jeûeû avec trente-deux porteurs parmi lesquels plusieurs jeunes filles à la taille bien prise et presque jolies. Leurs formes, d'ailleurs, apparaissaient sous la simplicité de leur costume, un sin muong laissant à découvert tout le haut du corps, attaché au-dessous des hanches par un très curieux ajustement. Le soir, après le coucher du soleil, elles se couvrent le torse. Tout ce monde allait gai et jovial, et la plus parfaite harmonie semblait régner entre les linhs d'escorte et notre interprète.

Samedi 4 mars.

(Temp. max. 27°, min. 20«.)

Froid très vif. Légère pluie dans la nuit.

Arrivés à Tang-Man, il fallut changer nos porteurs. Ce temps d'arrêt me permit d'abattre un grand aigle avec mon calibre 10. L'oiseau, pris au vol à une grande hauteur, tomba en tournoyant près du village, et sa mort ne fut pas sans produire quelque impression. Nous partîmes vers le sud-est qui, suivant nos prévisions, devait nous amener au confluent du Song-Tracûk et du MuooMeo. A peine sortis, notre chien Black prit le train d'un

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cerf, et nous l'entendîmes bientôt mener très loin sur l'autre versant. Nous n'avions pas de temps à perdre, vu le danger de passer la nuit en forêt, dans la montagne; les porteurs peuvent abandonner l'expédition, car la crainte des balles les retient beaucoup plus que l'espoir du lucre. Je fis donc continuer la route le cœur un peu gros, craignant que mon chien ne fût victime de sa désobéissance. Une demi-heure après, un jappement nous avertit de son retour. Il revenait un peu essoufflé, tout joyeux de nous retrouver. Je ne pus sévir contre cet enfant prodigue, tant on s'attache, bêtes et gens, en courant les mêmes dangers et en traversant les mêmes difficultés.

Nous fîmes halte pour déjeuner aux bords d'un affluent du Muoc-Meo; nous n'étions pas à plus de 740 mètres d'altitude.

Vers cinq heures nous avions atteint 1 ,200 mètres et pouvions voir à nos pieds les deux torrents que réunissaient deux vallées larges et pittoresques. Les versants couverts de rays dénotaient un pays habité, presque riche : nous atteignîmes ainsi Lang-Man, et ces terribles Mois du haut Song- Tracûk que nous signalait la dépêche du résident de Quang-Nan.

Nous allions donc vers l'inconnu avec ce sentiment de responsabilité que subit l'officier en campagne, avec cette vitalité excessive que fait

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