‹ Au pays MoïChapitre 49 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

naître l'appréhension du danger. Les villages dans cette région ne sont point défendus ; la population nous reçut avec calme; mais ses dispositions étaient incontestablement moins franches que celles de la généralité des Mois ; elle affectait une pauvreté factice de très mauvais augure pour qui connaît les montagnards de l'Ânnam. J'obtins avec peine un échange de riz pour notre escorte, et cette faible provende fut faite contre un collier en fil de laiton qu'on nous réclamait avec une certaine morgue. Il fallait, dès lors, user d'une habileté énergique pour éviter jusqu'au bout les conflits ennuyeux.

Avec plaisir je reçus des cadeaux de poulets et d'oeufs; l'expérience m'avait appris que cette attention d'accomplir le lay annamite était pour ces gens un indice de crainte. C'est le seul dévouement qu'on puisse attendre de populations qu'on pénètre. Je cherchai à connaître une route vers les sources du Song-Tracûk, et le chef, de bonne grâce, promit de nous accompagner le lendemain avec les porteurs.

Tout allait donc pour le mieux; nous eûmes pourtant à déplorer la disparition d'une pièce importante de nos victuailles, un foie de porc que Black s'était approprié. La faute ne lui fu pas pardonnée et Miss profita seule des os de poulets et des côtelettes qui composaient le menu

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du jour. Ces petits détails de l'existence commune amoindrissent les moments d'inquiétude que donne la responsabilité d'une expédition.

Dès le matin, l'effectif en coolies était au complet; le chef avait tenu ses promesses. De longs nuages floconneux couraient sur les sommets, semblant s'accrocher aux arbres en longs filaments; une brume humide nous environnait. Le chant plaintif du gibbon retentissait à cette heure matinale, dominant le concert habituel de Ja forêt. Il me rappelait une chasse à Xieng-Khouang et j'eus, par les indigènes, l'assurance que ce cri était bien celui de l'Hylobatcs-Henrici observé plus au nord, à la même altitude.

Dimanche 5 mars.

Nous arrivions à dix heures et demie au bord d'un arroyo, en pleine forêt, où coulait une eau limpide et claire dans des rochers <Jue tenaient en équilibre les lianes et les racines des arbres. Les porteurs, pittoresquement accroupis, s'étaient groupés sur cette estrade naturelle, observant avec curiosité les préparatifs du repas. Un air d'éloignement et d'exotisme nous environnait, portant nos cœurs à la rêverie. Ceux qui n'ont vu de pareils spectacles ignorent ce que le boulevard, yu de là, perd de sa beauté et de son charme, à la

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