‹ Au pays MoïChapitre 50 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

comparaison. Nous arrivions bientôt à Ban-Joë, dont le chef vint à nous ; il avait reçu Garnier à son passage et, dans l'espoir de le retrouver, avait fait pour nous rejoindre plusieurs kilomètres, venant de Nuoc-Lé-Man. Il nous apprit q-ue, suivant nos conjectures, nous nous écartions vers l'ouest depuis Man-Ré, route qu'avait suivie notre prédécesseur. Ban-Joë était un village important, sur une boucle ouest du Song-Tracûk.

En approchant des sources de la rivière se dressait devant nous la ligne très importante de partage des eaux. C'est là qu'il fallait étudier l'un des problèmes de notre exploration (déterminer la position des sources du Song-Tracûk). Nous ne pouvions prêter confiance aux indications des indigènes, car les Moïs ne connaissent pas le pays au delà de deux villages. Force nous fut de faire l'ascension de la ligne de partage pour prendre une vue panoramique du pays. La carte Pavie n'avait donné jusque-là que des renseignements erronés. Nous devions en conclure que la ligne de partage de cette carte avait été déterminée sans grande connaissance du pays, et résolûmes d'infléchir vers l'ouest en marchant vers le Laos, dans l'espoir de rencontrer les sources du Song-Bhâ, si toutefois elles étaient réellement issues du groupe montagneux au pied duquel nous marchions. De plus, nous étions peu pressés de

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quitter la montagne où nous trouvions une température douce, facile à supporter, un vrai printemps de France.

Lundi 6 mars.

(Temp. max. 24°, min. 18°.)

Nous sonnâmes le départ, une longue étape étant nécessaire pour étudier l'emplacement des sources du Song-Tracûk. Traversant les rays, les forêts de bambous, nous attaquâmes résolument les pentes abruptes. Nous rentrions dans l'humide et triste forêt des hauts sommets; la pluie avait détrempé la terre et nous avions à subir les mêmes difficultés qu'aux environs de Hué. Nous nous arrêtâmes sous une épaisse végétation que la pluie n'avait pas encore traversée, et j'en profitai pour enrichir ma collection d'entomologie de deux spécimens d'hydrophiles à quatre yeux, d'un genre tout spécial et que je crois nouveau.

A une heure nous trouvions^ perdu dans la forêt, un village de seize individus galeux, à l'air misérable, nous attendant accroupis sur le tronc d'un arbre gigantesque abattu par la tempête. Le chef, d'une maigreur sordide, voulut nous offrir l'hospitalité; mais, pressés d'arriver pour prendre la topographie du pays, nous continuâmes la route.

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