CHAPITRE II tl
au milieu des rizières. Sur le flanc des montagnes se détachait un village moï de quelque importance; nous y expédiâmes l'ambassade qui bientôt ramena un homme encore jeune, hirsute, portant au bras droit un bracelet volumineux de métal jaune. Avec une grande volubilité, il expliqua à l'interprète que le village était « dien » et demandait un délai de deux heures pour nous fournir des porteurs. La vérité était que, comme un peu partout, la population avait fui à notre approche et qu'il fallait un certain temps pour ramener les timides.
J'accédai libéralement à sa demande et nous installâmes un campement provisoire sur unpoint découvert où toute surprise était impossible.
Pendant l'attente, l'interprète nous dit que nous venions de pénétrer dans une nouvelle région, celle des Sedangs. L'indigène qui venait de nous quitter était d'un teint plus noir, d'un type plus pur, avec des membres bien découplés. C'était plaisir d'étudier cette nouvelle race, mieux organisée que celle de la haute montagne et annonçant une certaine aisance. Mais les coolies n'arrivaient pas et dans mon impatience j'envoyai une nouvelle ambassade avec ce message : « Si dans une heure personne n'est là, nous attaquons le village », et je commandai de fourbir
ostensiblement les fusils. Une demi-heure après, l'effectif était au complet.
Quelques-uns dont la bonne volonté était moins qu'évidente, mais dont le parti semblait pris, étaient accompagnés de plusieurs femmes. Le chef du village, un jeune enfant, portait notre drapeau, ce qui dénote chez ce peuple une constitution féodale aristocratique plus nette que dans les autres n'gions 1 .
Sur un parcours de deux kilomètres nous traversâmes de riches rizières, puis une vallée mamelonnée, bien irriguée, longeant le cours du Dack- Lâà. A cette sauvagerie primitive de la montagne succédait un air de confort qui nous ravivait. L'endroit était propice à l'agriculture, sous une température douce et agréable. Un chemin large, bien tracé, témoignait de l'activité des gens. Vers cinq heures nous atteignîmes Lang-Reun, ou Lang-Yat, ayant parcouru 6 kilomètres, à une bonne allure. Puis nous entrâmes dans un bois de merveilleuse venue, coupé par un chemin à flanc de «coteau. Un pont de lianes traversait Tarroyo, pour tomber en cascades au-dessous d'un village perdu dans la végétation. Nous approchions les
1 Je payai largement les coolies, le village s'étant réellement bien comporté. Le chef reçut une superbe couverture (de 3 francs) •ornée de beaux dessins, et chaque coolie un collier en fil de laiton. On peut être facilement généreux dans ce beau pays 1