CHAPITRE II
Mercredi 8 mars.
(Temp. max. 25°, min. 17°.)
L'esprit des hommes était excellent : nous allions en un pays charmant sans qu'une goutte de sueur perlât sur nos fronts, par une température idéale. Les sites riants se succédaient et dans un enchevêtrement bizarre se mêlaient le pin et la végétation tropicale. Nous descendions à bonne allure cette vallée d'un si bel avenir au jour de la/ future pénétration. Puis nous avions cette conscience toujours flatteuse d'avoir été les premiers à visiter ces Moïs qui ignoraient les Européens et n'avaient même jamais vu d'Annamites \
Yo-Chié était à 9 kilomètres. La topographie de la région aussi compliquée qu'intéressante ne nous permettait pas d'aller vite ; aussi nous décidâmes d'y passer la nuit (1,300 mètres d'altitude). Toute la vallée paraissait cultivée et la population nombreuse : les rizières à l'annamite témoignaient de quelque connaissance agricole. Et puis nous prenions confiance au milieu de ces primitifs à l'air honnête et bon, avec cette fierté individuelle si digne d'estime des races sauvages. Nous allions
1 J'ai demandé au chef du village de Lang-Reun de faire construire des salas pour les Européens qui viendront après nous. Sa promesse les préservera de coucher à la belle étoile.
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parmi eux, malgré notre esprit aventureux, sans avoir momentanément à craindre un coup de lance ou de coupe-coupe.
À l'arrivée nous attendait un chef, nous priant d'aller camper dans une case près de la rivière. Nous cherchions peu à entrer dans les villages; on connaissait nos habitudes et nous préférions cette hospitalité qui nous laissait plus d'indépendance.
Dans ce coin isolé, près de Farroyo tranquille où se reflétaient les étoiles, nous passâmes, mon compagnon et moi, une soirée agréable, sous ce beau climat, d'une poésie sauvage et attrayante; nous bénissions Dieu qui donne parfois à l'homme de si grandes impressions du Beau !
Nous ne pensions guère que cette nuit si charmante où, de loin, nous rêvions de transporter les nôtres, ipui ce que nous aimions, dans ces merveilleux parages, faillît être la dernière de notre existence et la fin de nos illusions!
Huit heures. Nous nous levâmes gaiement malgré la fatigue de cette soirée de rêves que le bonheur nous faisait oublier. Le jeune chef nous en présenta un second au visage dur et peu agréable, mais qui nous annonça 40 porteurs désireux de se mettre à notre service. On leur remit les charges toutes préparées et nous en profitâmes pour écarter les femmes et les hommes âgés.