‹ Au pays MoïChapitre 57 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sans nul doute nous étions victimes d'un guetapens et peut-être cernés dans la vallée : c'était, après le rêve, le retour à la réalité. Notre sympathie pour les habitants était mal récompensée. Il allait falloir engager un combat général, et notre position très découverte donnait tout l'avantage à nos armes.

Yo-Chié, au milieu des débroussaillements, serait notre place forte; c'est ce village qu'il fallait occuper tout d'abord, on verrait ensuite. Notre plan conçu, nous reprîmes nos esprits pour envisager plus froidement la situation. « Le chef,»me dit Marsay, avait pointé sa lance vers lui; mais Bà,le boy fidèle, s'était élancé revolver en main et, menaçant le sauvage, l'avait écarté. Les coolies, agitant les lances, faisaient mine d'abandonner les charges; c'est alors qu'il avait donné à l'escorte l'ordre d'agir. » L'interprète affirma que le second chef du village, venu d'un point appelé Ta-Dié, était un bandit dangereux, qui s'était promis de voler nos bagages et nous tuer ensuite. Pour ce faire il avait engagé ses hommes comme porteurs et terrorisé les gens de Yo-Chié. Son but était de nous entraîner en un point de la montagne où nous attendait un parti moï fort important, celui sans doute dont nous percevions encore les cris d'appel. Les porteurs, profitant de cette discussion, s'étaient enfuis, quittant sans bruit le campement; nous

nous trouvâmes seuls avec nos armes préparées sur les charges.

Alors s'organisa la défense et nous nous disposâmes à parlementer avec Yo-Chié pour nous assurer de vivres, décidés à occuper le village au besoin. Soudain nos hommes signalèrent le jeune chef, accompagné de deux guerriers, demandant à parlementer; se déclarant notre fidèle allié, il n'était pour rien, disait-il, dans le guet-apens manqué, et ne nous voulait que du bien. La situation se compliquait : était-il bien sincère? A bon droit notre confiance en la droiture des Mois était quelque peu ébranlée; malgré tout je lui répondis qu'il était nécessaire que nous occupions son village et qu'il rendît les armes des habitants. Cette réponse l'attrista et d'un geste noble il protesta contre ma défiance; à son commandement ses hommes coururent vers le village. « Monsieur boire le sang, me dit l'interprète tout ragaillardi, moyen marcher. » Je compris qu'il s'agissait d'une cérémonie d'alliance solennelle. L'interprète avait raison : nous étions en pays ami.

Bientôt les chefs descendaient avec empressement, portant un poulet et un couteau. Il ne s'agissait pas de se couper les veines, ce qui eût été fort désagréable, et nous acceptâmes de boire avec ces nouveaux amis le sang tout chaud du volatile mélangé à une mauvaise eau-de-vie de maïs. Désor-

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