‹ Au pays MoïChapitre 60 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

par des chemins à pic, au milieu de la forêt. Dans tous les vallonnements on trouvait des rizières dont l'existence attestait sûrement l'influence d'une Mission catholique. Les porteurs eux-mêmes n'avaient plus l'allure des Sedangs des hauts plateaux, ne portant point la lance et comprenant mieux la loi de l'offre et de la demande. Discutant avec calme les prix et les conditions de transport de nos bagages, ils témoignaient d'un calme et de la gravité de vieux commerçants. C'était, à n'en pas douter, un changement visible dans le caractère de la population . Sur l'autre versant de la boucle était le village de Con-Lang, à un endroit de la rivière très resserré dans la montagne. Con-Lang était « dien ».

Néanmoins, les habitants nous autorisèrent à entrer dans trois cases abandonnées; on nous offrit des cadeaux sans vouloir rien accepter en échange : « Cela porterait malheur à nos récoltes », disaient-ils.

Depuis plusieurs jours un de nos boys se traînait péniblement, pris d'un violent accès de fièvre des bois, et la quinine ne pouvait atténuer la violence du mal. Les gens se prêtèrent de bonne grâce à lui composer un palanquin.

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(Temp. mâz. 25% min. 18*.)

Les hauts plateaux des pays \ bahnar et sedang.

À sept heures, nous décidâmes de partir, le malade étant suffisamment installé pour la route. Nous recoupions le Dack-Lââ 1 en maints endroits, passant par les hauts sommets. Les forêts, de ce côté, n'ont pas l'ampleur delà végétation d'en bas; ce sont des séries de bois peu élevés, coupés de débroussaillements où seuls restent indemnes des pins magnifiques.

Le baromètre accusait 1,100 mètres. Dans ces régions, le paysage revêt un aspect triste et l'œil ne s'arrête que peu dans ces futaies claires au sol noirci par l'incendie.

Nous eussions été pleinement heureux si nos provisions n'avaient été déplorablement réduites; les conserves avaient disparu, le gibier était rare et difficilement accessible ; bref, dîners et déjeuners devenaient de plus en plus succincts. Nous fêtâmes ce jour-là un dernier reste de splendeur en déjeunant de quinze œufs et d'une boîte de céleri au jus, le tout assaisonné de riz : ce fut un vrai festin ;

1 Le mot « Dack » est un mot générique signifiant sans doute « eau » dans la région sedang et bahnar : on retrouvera plus loin le mot « Dar » ayant la même signification dans une autre région.

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