‹ Au pays MoïChapitre 61 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Plus tard... on se débrouillerait!! Après cette épule abondante que l'altitude et l'activité rendaient pour nous normale, nous reprîmes la route au travers d'abatis d'arbres, marchant sur les troncs de la forêt dévastée. Et, le soir, nous arrivions à un village perché en nid d'aigle sur un haut sommet dominant le confluent du Dack-Làà avec l'un de ses affluents de l'ouest. Là m'attendait un être énigmatique, invraisemblable : un corps voûté, vêtu d'une robe chinoise de soie passée, et sous les pans du vêtement flottant au vent deux jambes grêles et osseuses, aux genoux tremblotants; une tête où perçaient deux yeux intelligents recouverte d'un turban autrefois vert, et encore orné d'argent. Ce mannequin comique nous aborda avec dignité, un sourire béat éclairant sa face ridée. C'est en souriant que nous nous adressâmes à ce chef, car, à la splendeur du costume, nous avions supposé un homme influent, d'ores et déjà civilisé.

Nous lui confiâmes notre désir d'être renseignés sur la position de la Mission, d'autant plus que nous avions observé dans la sala un hamac, sans doute quelque cadeau d'un des Pères. Il ne put donner la moindre indication; il était plus gâteux qu'il ne paraissait. Je sus plus tard qu'il avait fait alliance de « fils » avec le P. Gerlach et que « Rrem » (nom du village où nous étions alors)

avait été le point terminus de l'exploration que fit ce dernier avec le docteur Yersin en quittant la Mission des Bahnars. Tous les gens du village parlaient le bonam, langue inconnue de notre interprète ; heureusement, ils étaient bien disposés à notre égard,

Le Dack-Làà (nous en avions de plus en plus l'assurance) ne pouvait être que le Krong-Blà arrosant la Mission des Bahnars : l'itinéraire nous portait trop à l'ouest pour espérer tomber à An-Ké et nous approchions sensiblement de la latitude de ce dernier point.

Nous profitâmes de la prétention de notre hôte pour lui montrer quelques-unes de nos richesses. Séduit par une marmite en cuivre, il nous offrit de l'échanger contre un cochon. Nous allions être au porc pour quelques jours, mais nous n'en étions plus à craindre la trichine.

Lundi 13 mars.

(Temp. max. 25°, min. 18°.)

Rrein et les premiers villages sous l'influence des Pères.

On quitta Rrem à huit heures et demie seulement; les promesses de coolies du vieux chef n'avaient pas été des mieux tenues, alléguant la mauvaise volonté du village voisin auquel il s'était adressé.

On avait chargé, malgré nos protestations,

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