‹ Au pays MoïChapitre 63 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans un de ces villages, le chef qui nous accompagnait montra triomphalement le fusil dont il était armé. C'était une carabine Gras transformée, dont il était très fier, provenant assurément d'un proche voisin européen. Nous n'étions pas loin du but; le pays devenu plat, facile à traverser, coupé de défrichements importants témoignait d'une activité inusitée chez les sauvages. La nuit vint; sur l'assurance cependant que nous approchions, nous continuâmes avec des torches, par un chemin bien tracé. Il fallut près de trois quarts d'heure pour arriver à un village qui dominait une case bien construite et de style laotien. C'était la paillotte du Père. Sur l'invitation d'un sacristain annamite, nous nous installâmes dans une bibliothèque, faite de bambous, garnie de livres religieux et philosophiques. À la faveur de ce bienveillant confort, nous mîmes à jour tous nos travaux topographiques et autres . Quelques heures après, une agitation se faisait autour de la case, des feux éclairaient l'extérieur et nous recevions, en haut de l'escalier, deux Pères des Missions étrangères.

Après les premières effusions, je demandai où nous nous trouvions exactement.

— Vous êtes, dit l'un deux, à une journée et demie dans l'est de la Mission des Bahnars dont nous faisons partie. Nous avions donc suivi le Krong-Blà dans tout son cours et aboutissions

dans le Lao chez les fameux pères qui ont formé l'un des plus beaux noyaux de pénétration aux pays mois. Nous n'avions pas reconnu le Song-Bhà, comme nous l'avions pensé; mais le travail de reconnaissance que nous venions d'accomplir avec plus de difficulté ne nous laissait aucun regret.

Nous demandâmes au Père de nous conduire au centre de la Mission, nous en remettant pleinement à son initiative, heureux d'un repos bien gagné, après une pérégrination qui laissait tant de souvenirs agréables.

Mercredi 1 5 mars.

(Temp. mai. 28», min. 20°.)

CoD-Thoum.

Dès le matin le P. J*** nous attendait avec des chevaux; nous allions pouvoir franchir rapidement la distance qui nous séparait du reste de la Mission, Con-Thoum. Sur une large route ouverte, nous trottions auprès de notre compatriote, devenu déjà un ami.

Sur le parcours nous rencontrâmes un convoi de quatre éléphants : « Ce sont d'utiles serviteurs, que nos hommes ont dressés, dit le Père, et qui vous rapatrieront à An-Ké, à la plantation de M. Paris 1 . »

1 Le dressage des éléphants est assez bien fait en Indo-Chine parles Moïs et les Laotiens. Ce n'est pas toujours opération facile, si l'on en croit les rapports des fonctionnaires spéciaux dos Indes

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