CHAPITRE II
Black n'avait jamais vu d'aussi grosses bêtes; il interrompit ces paroles par des aboiements répétés : j'eus toutes les peines à le calmer.
Du haut d'une colline nous dominions de vastes plateaux dont la fertilité était due au travail des missionnaires. Le Père s'arrêta et, simplement, embrassant l'espace d'un mouvement circulaire : « Là, dit-il, les Mois travaillent, s'adoucissent, deviennent chrétiens et français. »
Ces paroles, après notre dure expédition, nous allèrent au cœur et nous restâmes longtemps rêveurs devant ce spectacle et ce calme. J'avais ressenti la même impression devant Y Angélus de Millet, et nous étions saisis par la simplicité tranquille de ces lieux où se poétisait, comme dans cette œuvre, le calme bienfaisant de nos campagnes dans sa réelle beauté.
Le Père nous donna sur l'organisation des Mois
chargés de la remonte. Voici ce que publiait il y a quelques années the National Magazine :
« Les éléphants nouvellement pris souffrent beaucoup et annoncent leurs sentiments de diverses façons. Les uns refusent toute nourriture ; d'autres deviennent fous de rage, et certains se sont jetés à terre avec assez de violence pour arriver à se tuer. Les captifs doivent être gardés une semaine dans un endroit sombre, bien nourris et accoutumés à la société de l'homme avant de procéder au dressage. Ils acceptent la situation extraordinairement vite.
« M. Skrin raconte son étonnement d'avoir vu des éléphants a peine sortis de la forêt menés au bain par un boy.
« Il est, ajoute-t-il, fort rare de les voir dans un moment de colère prendre avec leur trompe leur « mahout » (conducteur) ou celui de leur voisin. »
448 AU PAYS MOf
quelques renseignements qui prouvaient que nos observations n'étaient pas erronées. Les habitations sont indépendantes; l'autorité du chef de guerre restreinte aux questions d'intérêt général, guerres et fêtes. Un conseil composé des anciens rend la justice en temps de paix. Si le village est menacé, le commandement en revient au chef de guerre, toujours pris dans une famille par un choix héréditaire.
A titre d'impôt, chaque maison verse une certaine quantité de produits pour subvenir aux disettes et couvrir les frais des fêtes publiques.
Les maisons communes, élevées au centre de chaque village, sont destinées aux réunions du conseil, à la réception des étrangers, en même temps qu'elles abritent les jeunes pubères qui ne savent encore chasser ni manier les armes. On les nourrit aux frais du village, jusqu'à ce qu'ils aient prouvé leur virilité par quelque acte de courage ou affirmé leur habileté de chasseurs et d'agriculteurs. On les autorise, alors, à prendre femme et ils font partie d'une maison.
Devisant ainsi sur les mœurs locales, nous atteignîmes une chrétienté très bien établie à l'entrée de laquelle nous attendait un jeune prêtre à l'air maladif, mais de grande distinction. Il occupait une maison à deux étages attenant à une église faite de paillotte et de torchis, soutenue par