CHAPITRE II
de belles colonnes en bois de fer. C'était l'œuvr* du P. G***; aidé de quelques Annamites, il avait formé les Mois à un travail nouveau qu'ils avaient vite compris.
Les cases comptaient 700 habitants, tous chrétiens et paraissant dévoués corps et âme aux missionnaires.
Après un déjeuner composé de légumes frais, mets inappréciable pour nous qui en étions privés depuis longtemps, nous quittâmes le jeune prêtre pour aller à 3 kilomètres de là, chez le Père provicaire.
Un missionnaire vint à notre rencontre, portant le bras en écharpe, et, avec respect, le P. J*** nous le nomma : c'était le P. G***, universellement connu dans la colonie comme un apôtre actif et tout dévoué à la France. Je considérais avec plaisir cette grande figure, ce champion de la foi, ^ qui, n'ayant jamais quitté son coin de montagne, ne demandait rien à la gloire. Le P. G*** venait d'accompagner M. C***, commissaire du gouvernement, jusqu'à Attopeu; il devait son accident à une chute de cheval, dans une de ses tournées pastorales.
Le nom de M. C*** me ramena à quelques années en arrière, à la prise de possession du poste d' Attopeu, me rappelant la figure sympathique de M» Ruthe, son ancien chef» que nous avions vu si
plein d'espoir dans l'avenir de cette région. Un accident dans les rapides de Keng-Kéo (Sé-Khong) l'avait enlevé à la colonisation, victime des grands projets qu'il avait conçus pour le poste qu'il venait de créer. Saluons en passant le mémoire de ce pionnier.
Je fus vite au courant des nouvelles du pays et pus connaître l'importance de la province, malgré les déboires que l'affaire des mines d'or préconisée par M. Ruthc avait primitivement causés.
Nous terminions notre entretien avec le P. G*** quiïid le Père provicaire arriva, et, avec des soins tout paternels, nous fit une réception des plus cordiales. A table, la conversation roula sur notre expédition, dont l'itinéraire étonna nos hôtes.
Il savaient qu'une bande dangereuse, conduite par Boc-Mao, fréquente cette partie de la montagne; c'est lui qui pilla la mission Odend'hal, et tenta d'assassiner son chef '. Les villages étaient, au dire des Pères, affiliés au Boc-Mao ; nous
1 M. Odend'hal, [ancien officier, explorateur bien connu, avait été envoyé en mission dans cette région. Trahi, comme nous, par ses porteurs, il fut moins heureux : la bande du Boc-Mao l'attaqua par surprise; il ne dut son salut qu'à son sang-froid et tint en respect plusieurs jours les forcenés s'efforçant de rallier vers l'Annam. Il avait dû, .dans sa]; fuite, abandonner ses bagages; mais la leçon qu'il infligea dans sa retraite héroïque., à cette poignée de. pillards fut, peut-être une des raisons de leur grande timidité à notre égard.