CHAPITRE II
Nous traversions une région de forêts coupées de parties dénudées par les défrichements. Des rays s'étendaient au loin autour de villages, plus populeux et aussi plus espacés les uns des autres que ceux des Sedangs.
Nous fîmes halte à un point d'eau, en attendant le déjeuner. J'en profitai pour tirer quelques tourterelles. Avec mes chiens je battis les environs, près des cases. Une fuite bruyante attira mes regards et je fis feu sur une masse roussâtre que je pris pour un chevreuil glissant dans les sous-bois. Un rugissement répondit à la détonation de mon arme et je pus voir un tigre de moyenne taille s'enfuir en bondissant.
Ce fut la seule fois, dans mes nombreuses promenades en forêt, que j'eus l'honneur de rencontrer le roi de la jungle.
Dieu merci ! il s'était montré moins crâne que le disent les légendes, toujours les mêmes, que tout néophyte doit essuyer à son arrivée; des gens bien informés de nos cités coloniales ou des chasseurs tartarins qu'on ne rencontre que trop sur nos côtes indo-chinoises.
Après le déjeuner sous une paillotte improvisée, nous traversâmes quelques bocqueteaux pour déboucher tout à coup sur l'immense plaine des Gérai, C'est un vaste plateau, presque désert, qui, en raison des cours d'eau qui le sillonnent, est
156 AU PATS MOI
destiné à une grande fertilisation. C'est un autre Tung-Xieng-Kham, ce qui prouve encore une fois cette uniformité dans la région montagneuse de rindo-Chine sous ses quatre aspects différents :
!• Forêt clairière;
2° Forêt épaisse;
3° Plateaux dénudés, mamelonnés, mais irrigués;
4° Pentes rapides, murailles rocheuses (granitiques).
Nous marchions depuis le matin vers le sud-est, en remontant une rivière importante; c'était l'Ayoum de la carte Pavie, dont la situation géographique correspondait exactement à notre itinéraire. Sur les bords étaient assis quelques Mois avec de longs sabres bien spéciaux et très caractéristiques. Ces Gérai sont du même type khmère mélangé de malais qu'on rencontre sous le nom de Mois et de Khas ; ils vivent plus agglomérés et par villages de trois à quatre cents habitants .
Lundi 20 mars.
Un feu de brousse.
Nous quittâmes l'Ayoum par un temps frais et sec; l'air, presque vif, fouettait agréablement le visage; sur la route de la Mission des nuées