‹ Au pays MoïChapitre 71 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de tourterelles s'envolaient des rizières, et nous traversions des endroits très peuplés dont les habitants nous regardaient avec cette curiosité presque craintive des peuples nouvellement soumis.

A deux heures, nous nous engagions dans le col d'An-Ké, croisant des caravanes de chevaux que conduisaient des Annamites ou des Mois.

De la plaine nous tombions dans une gorge étroite, tourmentée, au chemin escarpé et pierreux coupé de troncs d'arbres où le soleil ne pénétrait plus ; on n'entendait dans cette obscurité que la voix des conducteurs poussant leurs chevaux à travers mille obstacles. Après deux heures de pénible descente, nous aboutîmes à un cirque que le soleil éclairait, pour sortir par une large échancrure dans la plaine plus basse. Nous étions dans la province annamite d'An-Ké, dépendant de l'administration du Binh-Dinh.

A cinq heures nous fîmes halte. Près de nous, sur l'autre rive, un feu de brousse avivé par le vent du soir s'avançait en craquant; des flammes lourdes s'élevaient dévorant la jungle, et nous approchâmes pour admirer le spectacle.

Quantité d'oiseaux voletaient autour du foyer; les geais bleus (rollier d'Europe) se montraient les plus hardis, et avec des cris rauques se précipitaient d'un vol rapide et traversaient les flammes ; les veuves planaient sur ce foyer, donnant la

chasse à des milliers d'insectes, tandis que s'envolaient des bandes de poules, les cailles et les perdrix. Ce fut pour nous, chasseurs, une véritable fête.

Et le soir, en dînant, nous pûmes admirer les couleurs rouges de l'incendie qui continuait, lançant en fusées des milliers d'étincelles, tandis que les bambous comme des coups de fusil éclataient sur les rives de Tarroyo. Là, le feu, après s'être précipité en trois lignes menaçantes jusqu'à vingt mètres de nous, s'éteignait en quelques craquements, et à la lueur blafarde de la lune on ne voyait plus qu'un tapis noirâtre constellé des étoiles rouges des arbres carbonisés brûlant avec lenteur

Mardi 2t mars.

Plantation Delignon-BufTon et Paris.

Ce jour-là nous devions arriver à la plantation d'An-Ké et vers midi toucher au but de notre expédition et nous retrouver en pays soumis. C'était la visite aux plantations de FAnnam qui allait recommencer ; aux observations topographiques et ethnographiques allaient succéder des observations économiques.

Nous marchions, heureux de n'avoir plus à nous pencher sans cesse sur l'éternelle boussole,

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