CHAPITRE II
résultats, vu le prix consenti de l'installation. C'était alors la seule industrie de Quin-Nhône, qui ne semble pas depuis s'être développée beaucoup.
C'est là que nous fîmes la connaissance d'un colon des environs, M. de X***, d'une réelle famille béarnaise, avec qui nous avons des connaissances communes, et qui nous convia à visiter sa plantation. C'était pour nous l'occasion de continuer nos études économiques sur la côte d'Annam; et nous acceptâmes avec empressement.
Du 28 mars au l n avril.
Une plantation dans l'intérieur
du Binh-Dinh, Tanh-Vinh.
Tanh-Vinh est situé non loin de Quin-Nhône, derrière la chaîne accore qui forme le rivage de cette partie de l'Annam. On juge mal l'Annam lorsqu'on le voit de la mer; derrière ses côtes arides s'ouvrent dans les montagnes de larges et ferliles vallées. Tanh-Vinh est de celles-là. Malheureusement les fièvres, le voisinage des Mois écartent la population annamite qui préfère le rivage de la mer et les estuaires des fleuves au point de s'y masser parfois en une densité exagérée, comme dans le delta du Tonquin Les terrains cependant sont fort riches et d'une production facile. Un débrous s aille ment suffit pour les fertiliser et l'eau
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coule en abondance de ces sommets de sept à huit cents mètres qui dominent la plantation. Chose curieuse, M. de M***, gentilhomme béarnais, avait trouvé là un pays rappelant ses terres de France, et on pourrait insinuer qu'un mouvement instinctif du cœur ait, chez lui, influé dans le choix de cette concession. C'est un phénomène fort commun en colonisation et le résultat n'en peutêtre que bon, l'homme travaillant mieux dans le pays qu'il préfère. La culture qui semble avoir donné les meilleurs résultats sur sa plantation est le riz de montagne, les pluies favorisant ce mode de culture par rays. Quelques essais de tabac avaient bien réussi, mais l'installation du planteur était trop récente pour pouvoir juger de l'entreprise. M. de M*** s'était adjoint un jeune Argentin, M. C***, qui avec un ami était venu habiter la plantation. Le colon parlait alors d'augmenter sa production de tabac, espérant vivement que la Régie française passerait quelques contrats pour les fournitures.
Malheureusement, les produits de l'Annam et du Tonquin envoyés à Paris ont été l'objet de rapports défavorables ; nous pûmes goûter les tabacs de Tanh-Vinh, très agréables dans la pipe ; nous fûmes étonnés de les savoir condamnés si sévèrement par la Régie. Il faut croire que cette dernière, ayant passé à l'avance de gros marchés à
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Amsterdam, trouve plus avantageux de s'adresser en bloc aux exportateurs.
L'Indo-Chine, sans doute, est encore loin de pouvoir fournir à la demande de la métropole ; mais ne pourrait-on pas faire quelques concessions? Il semblerait rationnel de favoriser toute industrie pouvant permettre de s'affranchir des marchés étrangers. C'est le principe même de la colonisation.
Avec le tabac et le riz de montagne, M. de M*** avait essayé quelques cannes à sucre ; mais les éléphants sauvages les avaient dévastées. Nous relevâmes dans nos chasses autour de Tanh-Vinh les traces d'un rhinocéros et de nombreux cerfs, véritable plaie des cultures dans ce pays.
Grâce à son obligeance nous fîmes quelques battues , dont Tune se termina tragiquement pour l'un de nos chiens, Black, qui avait souvent égayé nos périgrinations chez les Mois.
Un cerf acculé au débucher par nos traqueurs avait chargé furieusement M. C***, qui l'avait arrêté d'une balle ; les deux chiens partant au coup de fusil s'étaient jetés sur l'animal qui cherchait à se relever : d'une seconde balle M. C*** voulut l'achever; le projectile, traversant malheureusement la béte, atteignit Black et lui brisa net une patte; attiré par ses cris, j'eus peine à maîtriser l'émotion que me causait sa blessure.
Malgré tous les soins dont on l'entoura, il
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fallut le laisser chez le planteur. J'appris plus tard qu'il allait mieux; mais, un mois après, un tigre l'enlevait sous les yeux de M. de M***.
Tel est souvent le sort des pauvres chiens de France que nous exportons au loin; eux aussi, parfois, payent un tribut fort cher à la colonisation et j'ai connu plus d'un maître attristé de la perte d'un compagnon fidèle auquel sa vie aventureuse l'avait très intimement attaché.
i tr au 4 avril.
Le Phû-Yen, Song-Càn.
Avant de partir, M. de M*** avait obligeamment prévenu le résident de Phû-Yen de notre arrivée et voulut lui-même nous accompagner jusqu'à Vien-Kham. Le village nous parut s'adonner à l'élevage ; des petits bœufs, en troupeau, paissaient dans des pâturages naturels qu'il semblerait facile d'améliorer. Vien-Kham est la frontière des régions moïs et annamites ; il se fait quelque commerce entre les deux races et, comme toujours, peu à l'avantage des pauvres sauvages. J'ai constaté cependant que ces Moïs sont plus paresseux que ceux de Tra-My. Après enquête, je sus que ces races étaient fortement mélangées de Chames; ces derniers, autrefois civilisés, ont apporté leurs défauts d'inactivité, mais ont rendu