CHAPITRE PREMIER
Il était deux heures de l'après-midi et mon hôte, n'étant point de ceux qui aiment à perdre leur temps, m'engagea à organiser une chasse pour le jour même.
On croyait, dans les environs, à la présence de sangliers et de cerfs; mais les bœufs gaures s'étaient abstenus depuis plusieurs jours : on les voyait souvent, le soir, sur les montagnes avoisinantes, dans une végétation basse et peu épaisse.
rible de l'Indigène, l'Européen trouve d'autres causes d'infériorité sur le terrain môme à moins qu'il ne loue aux villages des terres irriguées par lui (ayant eu les moyens de faire l'avance des digues et canaux d'irrigation).
Le petit colon qui a acheté ou demandé quelques terres ne peut que vendre au prix des villages ; or, ces derniers trouvent meilleur crédit dans nos banques même.
1° La banque de l'Indo-Chine prête à 8 pour 100 aux villages. Sur ces 8 pour 100 elle donne 2 pour 100 au Protectorat comme garant (ducroire) ; elle ne retire donc que 6 pour 100 de bénéfice. Alors elle prête aux Européens à 12 pour 100 avec deux signatures de son choix.
2° Lorsque le colon fait des contrats avec les indigènes, il n'a aucune garantie bien qu'en général les conditions soient, pour l'indigèno, plus douces que celles faites par la banque de l'Indo-Chine.
3° Les formalités exigées par la banque pour ces prêts sur récoltes consistent à demander ou à faire demander par le maire et deux notables la somme qui leur est nécessaire. Ces formalités remplies et qui suffisent à garantir la banque n'existent plus lorsqu'il s'agit du colon prêtant à des indigènes.
Le cachet du village apposé sur les contrats faits avec la banque engage le village solidairemeut. Il n'en est pas de même pour le colon.
Conséquence : des colons préfèrent perdre les avances qu'ils ont faites que d'engager des procès onéreux, frais d'avocat, etc., le résident (juge de paix) no pouvant trancher en dernier ressort sur cette question. C'est pourquoi nous affirmons encore que de gros capitalistes seuls, forts en droit, avec un contentieux bien établi peuvent s'occuper d'affaires de riz.
M. G*** proposa une battue dans les fourrés avoisinant sa plantation. Elle fut sans résultat, les hommes étant peu préparés à cette chasse et le terrain défavorable : je proposai la retraite.
D'ailleurs, en ces pays couverts, il est rare d'obtenir des débuchers, la marche des traqueurs étant trop peu réglée. La béte se rase, charge, tourne dans l'épais sous-bois et le chasseur ne l'aperçoit que rarement. Je me rattrapai sur bon nombre de cailles, perdrix et bécassines, en abondance dans la plaine.
Soudain, nos chasseurs entendirent un appel des habitants. Un sanglier venait de se rembucher dans une brousse au bas de la montagne, qu'il avait quittée sans doute pour faire honneur aux champs de patates des environs. Nos plus ardents Annamites se mirent à battre l'endroit désigné, et je pus voir de loin un énorme ragot traversant les rizières en plein découvert. Il s'agissait de lui couper la retraite de la montagne; la rivière bordée de villages pouvait opposer une barrière à l'animal et l'inciter à rester dans quelque bocqueleau. C'est là que nous l'attendions. Nos hommes, comme une meute de chiens, criaient, débusquant l'animal de toutes les retraites où il cherchait à se dissimuler. Mon fidèle Black s'était mis de la partie et menait ce laisser-courre sans habits rouges en véritable chien de meute. Cerné dans un buisson