CHAPITRE II
facilement sous ces fourrés qui, tout d'abord, semblent impénétrables et qui s'étendent à perte de vue dans une plaine qu'on nous dit avoir été autrefois cultivée par les Chames.
L'étude sera fort intéressante de l'irrigation possible de ces terrains, dont la pente descend doucement vers la mer et qu'on aménagerait facilement en rizières, la sortie des rays étant assurée par la lagune et la baie de Cam-Ranh, l'un des plus beaux ports naturels de tout l'Ânnam. Gela nécessiterait une étude technique coûteuse et les surfaces concédées devraient être énormes; seule, une société agricole d'irrigation pourrait tenter œuvre semblable, et les capitaux ne viennent pas facilement dans nos colonies.
Pour gagner Tui-Trien, on infléchit à gauche en un sentier qui, au travers de palétuviers, sur un sous-sol de sable blanc, nous conduisit jusqu'à la lagune.
Des lézards par centaines fuyaient devant nous, donnant, sur les feuilles sèches, l'illusion de quelque gibier. Deux sampans, retenus par la résidence, nous attendaient à l'ancien embarcadère de la chaloupe de l'administration quand, quinze ans auparavant, le poste de Cam-Ranh était occupé par M. Àymonier, résident de Kanh-Hoa et du Binh- Tuan. Là, se dresse encore l'ancien poteau qui reliait, par voie télégraphique, le poste à Hué.
C'était aussi le point d'escale de la chaloupe. Nos moyens de communication, plus rudimentaires, ne permirent d'avancer que lentement; mais nous nous déclarions satisfaits car la mousson poussait directement dans notre direction. Une heure après, guidés par des Annamites, nous arrivions à une case en bambous sur laquelle flottait le pavillon français. M. P***, surveillant des travaux publics, occupé à la construction de la route ! nous reçut fort aimablement , nous proposant une chasse que nous acceptâmes sans façon. Le tableau ne fut pas énorme, mais varié : un cerf, deux lièvres, quatre coqs sauvages et nombre d'oiseaux divers. On avait mis sur pied beaucoup de gibier qui avait refusé de débucher, ainsi qu'il arrive souvent en Indo-Chine. Le chasseur le plus heureux est celui qui sait se placer au fourré ; nous ignorions alors ce détail particulier qui tient aux mœurs unifiées de tous les animaux du pays.
Leur fuite ressemble fort à celle de nos lapins de France , qui rusent et cherchent toujours à forcer, plus rarement passent en flèche, affolés.
Le soir après dîner, M. P*** proposa l'attaque
1 Les travaux de la route de Nha-Trang à Phan-Rrang en 1899- 1900. — (Route parcourue en automobile par le docteur Yersin jusqu'au pied du mont Lang-Riang en 1900) (distance 140 kil. qui ne sont malheureusement plus carrossablos faute d'entretien).
KMi