CHAPITRE II
d'une bande d'éléphants à Hoa-Tan l . Nous étions décidément dans le paradis des chasseurs !
On partit de suite, précédés des boys portant les provisions, et nous organisâmes un campement de nuit dans une maison près de laquelle les animaux descendaient régulièrement. Et nous nous mîmes à table, non sans quelque inquiétude, sur les résultats de cette partie improvisée. La lune, alors à son premier quartier, éclairait d'une lueur pâle et indécise les légères palissades de la case et formait une ligne blanche comme un suaire qui menait se mêler aux tremblotantes clartés de nos photophores.
La conversation cessa pour prêter l'oreille à une sorte de frôlement régulier que nous attribuions aux Annamites circulant dans la cour où nous dînions; quand un cri rauque, sauvage, terrifiant, ébranla l'air, donnant un frisson par tout le corps. Les éléphants étaient là, à quelques pas) Et la lune, un peu voilée, donnait une clarté indécise, trop indécise même, car les conditions semblaient peu favorables pour attaquer ce terrible ennemi.
Un deuxième coup de trompette, plus provocant et plus rapproché, nous rappela que nous nous étions promis de chasser ce soir-là, et semblait nous
1 Cette bande descend tous les ans, en avril, des hauteurs de Dong-Bôo. Elle compte quarante individus, dont deux maies à défenses.
défier ou se moquer de nos hésitations. Nous chargeâmes les armes et, doucement, sortîmes dans les rivières déjà desséchées. On avançait avec précaution, carie terrain n'était guère favorable à cette excursion nocturne. Titubant, butant, tombant, nous trouvions que la lune était bien peu claire, les ténèbres très épaisses, et, autour de nous, des craquements, des soufflements indiquaient la présence de nos adversaires. Tout à coup, nous tombions sur une belle ligne droite, un bonlerrain sous nos pieds t Nous étions sur la route mandarine! On pouvait alors respirer, on sentait la fuite possible, c'était la sécurité. Le guide, silencieux, montra un point grisâtre qui semblait se mouvoir dans la rivière à une cinquantaine de mètres.
La lumière du soir ne permettant guère de distinguer les éléphants à cette distance, il fallait avancer, mais chacun de nous paraissait peu disposé à cet acte de témérité : c'était retomber dans les terrains des débuts, rendant toute fuite impossible et nous mettant en infériorité en cas d'attaque.
Nous chassions pour la première fois l'éléphant à la nuit, et ressentîmes l'effet moral de l'homme de troupe qui tire par peur. Sans entente aucune, d'un commun et sot mouvement nos trois carabines firent feu en même temps. Avec un bruit de tonnerre et un barrissement terrifiant, la bande