CHAPITRE II
ou M. Aymonier avait fondé, avec une rare prévoyance de l'avenir, le poste administratif de Bînh- Tuan et du Kahn-Hoa. C'est le seul point de notre colonie d'Indo-Chine où puisse se créer un dépôt de charbon et un port de transit. Préalablement il faudra la relier aux autres points de la côte par des voies de communication facilitant le transport des marchandises. En attendant, une maison de transit du cabotage au long cours pourrait y prospérer, les navires y relâchant très souvent aux jours de mauvais temps.
C'est un point très connu des marins ; il faudrait peu d'efforts pour y attirer la navigation.
1 7 avril.
(Temp. max. 30°, min. 27». )
La plaine de Phan-Rrang.
Nous devions arriver le lendemain, dans la matinée, à Soui-Dà où Pérignon nous envoyait des chevaux.
De Ba-Ngoi à Gio-Tà le pays conserve son même aspect; mais, passé le tram de Hoa-Quan, on coupe une vallée merveilleuse que couvre une forêt aux arbres élevés. Il faisait grand jour quand nous passions sur cette route large, bordée de poteaux télégraphiques , mêlant en ce paysage sauvage un coin de civilisation qui étonne. Les hautes cimes des arbres étaient droites et immo-
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biles, leurs feuilles à peine agitées par la brise matinale. Tout autour le concert habituel des forêts : coqs, poules, paons, singes, chevreuils et cerfs poussaient confusément leurs cris, attestant à nouveau une des régions les plus giboyeuses de l'Indo- Chine.
Nous ne tardions pas à nous glisser dans les bois, parallèlement à la route, et, bientôt, sous le plomb, tombaient poules, paons, singes, gibier facile dans ce beau pays.
En quelques heures nous arrivions à Soui-Dà.
Laissant nos fusils de chasse, nous trottions à la rencontre de notre ami. Un cavalier vêtu de blanc, des serrements de main, et nous voici devisant gaiment, dans une large vallée, aux montagnes boisées , couvertes de rays mois, et dont les sommets ont été à peine explorés. Le paysage, pittoresque et sauvage, faisait contraste avec nos propos, et dans ce milieu se dégageait cette poésie spéciale que procure la vie coloniale.
Bientôt aussi nous allions éprouver un plaisir nouveau, la réception par une vraie Parisienne; car il nous tardait d'entendre un rire argentin, d'admirer une coupe de robe bien faite, de conter ces mille histoires, petits riens délicieux dont est faite la vie de la capitale et que la femme sait si bien ne jamais oublier.
Tout en causant, nous avions quitté la vallée