‹ Au pays MoïChapitre 89 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de Hoa-Lay et traversions quelques rizières mal irriguées par un canal chame; plus loin se dressaient de hautes tours. C'était. l'entrée de la plaine de Phan-Rrang, l'ancien grenier du royaume des Chames, aujourd'hui complètement disparu. Gracieuses, élevées en cônes, couvertes de sculptures, avec ces toits spéciaux qu'on retrouve à Ângkor, ces deux restes d'une civilisation perdue s'élèvent comme une protestation contre la barbarie annamite, et quand, montés sur leur terre-plein, nous dominions les buissons épineux qui couvrent la plaine, nous ne pouvions qu'admirer le travail de notre ami a reconstituant en belles rizières et perfectionnant avec des moyens modernes l'œuvre des premiers habitants; faisant renaître, par les mains mêmes des destructeurs, les travaux des malheureux vaincus. Et nous faisions des vœux pour l'achèvement de ce travail hardi et fécond ».

Nous suivions la route, prenant pour point de direction deux autres tours plus éloignées. Au pied se trouve la maison du planteur; c'était le but à atteindre, mais le soleil dardait chaud et les buissons secs, au vert poussiéreux, reposaient peu la vue. Encore deux heures d'un bon trot, laissant à gauche les vertes rizières de la mission, gage de réussite pour les travaux, et nous arrivions à une vaste demeure sur les bords de la rivière de Phan-

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Rrang. Mme Pérignoa nous reçut avec toute son affabilité et de suite nous nous sentions chez nous. Ce n'était pas la case grossière du colon, le désordre du boy annamite avec la poussière, les nids à scolopendres et à cancrelats; mais, au retour de ses tournées, notre ami trouvait là un salon coquet, simple, avec du linge blanc, comme en France, de petites nappes à broderies féminines sur lesquelles on pose les consommations, mieux servies que dans la bouteille malpropre et mal débouchée, ornée seulement de la marque bleue et argent de « Pernod fils » .

Deux tours chames dominent la maison, qui lui donnent un pittoresque tout particulier. Le temps de changer de costume et nous ne tardions pas à causer des travaux d'irrigation.

a On ne pourrait affirmer, dit notre hôte, que toute plaine, ici, est irrigable; j'ai fait des études comme tous les pionniers et ai reconnu des fautes dans la façon première dont nous avions envisagé, les Pères et moi, le travail pour irriguer les terrains de Phan-Rrang. Néanmoins, je puis affirmer que l'irrigation est une opération délicate, mais incontestablement rémunératrice dans ces pays; elle exige une direction sage, basée sur des expériences déjà faites, dont on doit profiter. »

J'ai pu étudier et suivre de près l'affaire de Phan-Rrang, ces dernières années; je répéterai ce

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