CHAPITRE II
on retrouve chez eux des légendes gracieuses, une poésie toute spéciale et un caractère droit qui étonnent ceux qui fréquentent habituellement l'Annamite. Us attachent aux choses les plus simples de la nature des forces bizarres qui ont souvent amusé notre scepticisme» parisien : un exemple me revient à la mémoire :
Ils affectent pour les rochers fendus une vénération toute particulière et les couvrent d'inscriptions; on peut en voir une à Nha-Trang. Ce culte est la conséquence d'une légende enfantine devenue un dogme de leur religion :
« Un roi lépreux, souffrant affreusement de son mal, se coucha un jour au pied des tours qu'il avait bâties sur un gros rocher, et, là, se mit à se plaindre de son triste sort en invoquant les dieux. Il s'endormit. Pendant son sommeil, le dragon entrouvrit le rocher, pénétra jusqu'à lui et lécha ses plaies. Le roi se trouva guéri. »
C'est ainsi que mon compagnon de voyage, écoutant le grave récit de cette aventure, inscrivit sur son carnet : a Salive de dragon, antiseptique à recommander. »
Les Chames ont trouvé une autre conséquence à ce récit : tous les rochers fendus ou dan-moï sont l'objet d'une vénération spéciale et dédiés au dragon bienfaisant.
21S AU PATS MOI
5 mat.
Départ.
Le 5 mai, dous quittions Pérignon avec mille souhaits de réussite et non sans admirer les résultats acquis par la mission, avec un canal et une digue situés plus bas que les travaux de Nha-Tien.
L'expérience des irrigations appliquées à la culture du riz était faite dans ces régions et ce travail accompli en peu de temps par les Pères.
C'étaient pour le pays la fortune, la mise à l'abri de la disette, une œuvre humanitaire et féconde à la fois.
Nos pérégrinations touchant à leur fin, il allait falloir rejoindre nos familles, reprendre pour quelque temps la vie parisienne.
Mais ce n'était pas sans esprit de retour, et après quatre mois de repos je repartais avec le frère de mon ami de Marsay visiter de nouvelles populations : les Stiengs, et les Mois indépendants du Dar-Lac. L'idée m'était venue d'étudier une installation dans ce beau pays d'Annam, désireux d'approfondir une étude importante que l'économie naissante du pays faisait entrevoir : « Comment pourvoir l'Annam d'un port abordable qui permît la création d'irrigations avec l'assurance d'un débouché facile 1 » Avoir un but, c'est décider un voyage !